L’urgence d’une transition énergétique profonde
« Chaque année, les risques liés au changement climatique deviennent moins hypothétiques et plus brutaux » note la scientifique Friederike Otto, co-fondatrice du WWA. La professeure en sciences du climat à l’Imperial College de Londres note que « malgré les efforts déployés pour réduire les émissions de carbone », « cela n’a pas suffi à entraver la hausse de la température moyenne mondiale et ses pires conséquences ». La chercheuse en appelle à la responsabilité des décideurs, déplorant que « leur dépendance continue aux combustibles fossiles coûte des vies, entraîne des pertes économiques se chiffrant en milliards et cause des dommages irréversibles aux populations du monde entier ».
Ce constat d’urgence climatique rappelle une fois de plus que la fenêtre d’action se referme rapidement. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), limiter le réchauffement à 1,5°C nécessite une réduction des émissions mondiales de CO₂ de 45 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010, et d’atteindre la neutralité carbone vers 2050. Un objectif qui implique une transformation radicale de nos systèmes énergétiques.
La décarbonation de l’économie mondiale passe inévitablement par une sortie rapide et organisée des énergies fossiles – charbon, pétrole et gaz naturel – responsables de la majorité des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette transition, qui concerne en particulier les pays les plus développés, repose sur deux piliers complémentaires : le développement massif des énergies bas-carbone et l’électrification des usages, qu’il s’agisse des transports, du chauffage des bâtiments ou des processus industriels.
Si certains pays ont amorcé cette mutation énergétique, avec une part croissante d’électricité bas-carbone et des investissements records dans les renouvelables, le rythme global reste largement insuffisant. Les subventions aux énergies fossiles atteignaient encore 7 000 milliards de dollars en 2022 selon le Fonds Monétaire International, freinant considérablement la transition. Face à l’accumulation des records de température et à la multiplication des catastrophes climatiques, l’accélération de la décarbonation n’est donc plus une option mais une nécessité vitale pour préserver un climat vivable pour les générations futures.