- Transition énergétique
Le media
de l’électrification
Le gestionnaire du réseau français d’électricité a publié en décembre son bilan prévisionnel à horizon 2035. Il en ressort que la production électrique française est en situation de surcapacité, un élément favorable à une accélération de la dynamique d’électrification.
C’est un document particulièrement scruté. Tous les ans, RTE, le gestionnaire du réseau français de transport d’électricité, est chargé de publier un bilan prévisionnel pluriannuel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Une obligation légale qui incombe à la filiale d’EDF en application de l’article L. 141-8 du Code de l’énergie. Ce bilan doit ainsi couvrir une période minimale de cinq ans à compter de sa date de publication. À noter que ce document se distingue des « Futurs énergétiques 2050 », la vaste étude prospective à long terme lancée par RTE en 2021 pour étudier les chemins possibles pour atteindre la neutralité carbone.
En décembre dernier, RTE a donc publié l’édition 2025 de son bilan prévisionnel. Celle-ci vient actualiser les perspectives pour le système électrique français à l’horizon 2035. Surtout, elle marque une forme de rupture. L’enjeu ne porte en effet plus tant sur la capacité de la France à produire suffisamment d’électricité bas-carbone que sur l’impératif d’une accélération de l’électrification des usages. « Le rythme de croissance de la production électrique ne pose plus de problème stratégique à l’horizon de la prochaine décennie (…) L’incertitude sur la faculté de la France à alimenter des besoins fortement croissants par de la production bas-carbone est levée » confirme l’opérateur chargé de l’exploitation, de la maintenance et du développement du réseau de plus de 100 000 km de lignes à haute et très haute tension.
« À court terme, la consommation d’électricité reste stable, en décalage avec une production bas-carbone qui croît désormais au rythme nécessaire pour atteindre ses objectifs » poursuit le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. Prenant acte d’une « situation d’abondance d’électricité décarbonée », RTE estime que cet épisode de surcapacité, prévu pour durer plusieurs années, doit rester « transitoire ». La filiale d’EDF juge donc que le moment est propice pour « engager un mouvement d’électrification rapide du pays », qui correspondrait à une trajectoire de décarbonation rapide, d’autant plus que le risque de potentiels conflits d’usages est écarté. Ce qui signifie concrètement que la France a une large marge de manœuvre pour décarboner les transports, l’industrie et le bâtiment tout en absorbant la demande croissante générée par les data centers.
Pour RTE, il n’y a donc pas de levier plus efficace qu’une électrification franche et massive pour juguler la surcapacité d’électricité française. En d’autres termes, la France n’exploite pas suffisamment le gisement considérable et sans équivalent d’électricité bas-carbone dont elle bénéficie, alors même que celui-ci pourrait lui permettre d’accélérer sa décarbonation et l’atteinte de ses objectifs climatiques. Et si cette situation de surabondance présente l’avantage de permettre à la France d’exporter massivement son électricité et de faire baisser le prix de celle-ci sur les marchés de gros, elle complique dans le même temps les mécanismes de pilotage du réseau. RTE étant en effet chargé de garantir à chaque instant un parfait équilibre entre production et consommation d’électricité.
« Le système électrique ne peut pas pas croître de manière pérenne s’il ne concilie pas les intérêts des consommateurs, des producteurs d’électricité et de ceux qui pilotent ce système » prévient ainsi Xavier Piechaczyk, actuel président du directoire de RTE. Dans la trajectoire de décarbonation rapide étudiée et soutenue par RTE, la consommation électrique annuelle française passerait de 450 TWh aujourd’hui à 510 TWh en 2030 puis 580 TWh en 2035. Dans ce scénario, la France atteindrait l’objectif fixé par le Pacte vert européen dans le cadre du paquet Fit for 55 (dit « Ajustement à l’objectif 55 » en référence à l’objectif européen de réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990). Elle réussirait sa réindustrialisation avec une croissance du PIB établie à 1,1 % par an tout en réduisant les coûts du système électrique. Deux points qui ne seraient pas réunis dans le cadre d’une trajectoire de décarbonation lente où la demande en électricité s’inscrirait dans une dynamique de croissance plus faible.
Comme le souligne RTE, le scénario de décarbonation rapide n’est, à ce stade, pas le plus probable. Le gestionnaire estime toutefois qu’il n’est pas hors de portée à la condition d’un soutien fort à la dynamique d’électrification. Parmi les facteurs encourageants : de nombreux projets industriels ont contractualisé leur raccordement au réseau pour les prochaines années, ce qui représente un total de l’ordre de 30 GW, soit une consommation théorique supplémentaire de près de 180 TWh. RTE rappelle à ce titre qu’il se place en soutien de ce mouvement via des dispositifs, comme la procédure « fast track », permettant d’accélérer les raccordements de forte puissance. « La priorité est de permettre la concrétisation effective des projets de décarbonation et d’électrification qui ont émergé depuis trois ans » écrit le gestionnaire, qui souligne que « la France dispose d’un réseau capable d’accueillir rapidement de fortes consommations ».
En définitive, RTE rappelle que la France importe toujours presque 60 % de l’énergie finale qu’elle consomme, très essentiellement du pétrole et du gaz. L’importation d’énergies fossiles constitue ainsi la première source du déficit commercial français avec une facture énergétique annuelle oscillant entre 50 et 70 milliards d’euros. Une dépendance à des économies étrangères (Russie, pays du Golfe, États-Unis, etc.) qui met à mal la souveraineté du pays. L’occasion pour RTE de souligner tout l’intérêt pour la France, en sus de ses obligations climatiques, à favoriser un mouvement rapide de décarbonation et donc d’électrification.
Une stratégie de long terme qui représente un véritable défi mais pour lequel la France a « tous les leviers » en main pour réussir, conclut RTE.