- Énergies renouvelables
Le media
de l’électrification
Depuis le printemps 2025, la revente de l’électricité photovoltaïque a perdu de sa superbe, au point de diviser par trois les revenus espérés par certains particuliers. Derrière cette décision technique se cache un vrai changement de philosophie énergétique, qui bouscule les habitudes et oblige à repenser la façon de produire, consommer et valoriser son électricité.
C’est un chiffre qui a fait l’effet d’une douche froide pour les professionnels du secteur. Depuis l’entrée en vigueur de l’arrêté du 26 mars 2025, appliqué aux demandes de raccordement déposées à partir du 27 mars 2025, le tarif de rachat du surplus d’électricité solaire est passé de 12,69 à 4 centimes d’euro par kilowattheure. Un ménage équipé de panneaux solaires produisant 3 000 kWh par an et consommant directement la moitié de cette énergie ne percevrait plus qu’environ 60 euros par an grâce à la revente du surplus, contre près de 190 euros avant l’entrée en vigueur de l’arrêté. Autrement dit, l’électricité injectée sur le réseau sans être utilisée sur place a vu sa valeur divisée par trois.
Cette décision marque un tournant majeur pour les particuliers équipés de panneaux photovoltaïques, puisque seules les nouvelles installations sont concernées, sans effet rétroactif pour les contrats existants. Marc Ferracci, ministre chargé de l’industrie et de l’énergie, a justifié devant les députés cette décision par la recherche d’« efficacité économique ». En effet, il constate « un coût de production » plus conséquent « lorsqu’on tient compte du coût de raccordement, qui est plus important ». L’installation de centrales solaires de plus grande puissance est quant à elle simplifiée via des mesures d’appel d’offres et de caution bancaire.
La solution : consommer au bon moment plutôt que revendre à prix cassé
Face à cette baisse brutale, les Français équipés ont changé de stratégie. Selon une étude OpinionWay pour l’entreprise nantaise de solution solaire Beem, publiée en mars 2025, 68 % des Français équipés privilégient désormais le stockage de leur production solaire afin de mieux maîtriser leur facture et de limiter leur dépendance aux décisions tarifaires de l’État et au prix du marché.
À titre d’exemple, un foyer de quatre personnes peut quasiment doubler ses économies sur vingt ans en associant des panneaux solaires à une batterie de stockage. Malgré un investissement de départ plus important, le gain net une fois l’installation amortie resterait conséquent, estimé par la start-up Beem à environ 24 000 euros sur vingt ans. Au-delà de l’aspect financier, ce type de solution permet de gagner en autonomie énergétique, de sécuriser le prix de l’électricité sur le long terme et de mieux se prémunir contre de probables hausses tarifaires.
Depuis l’arrêté du 26 mars 2025, pour les petites installations, la vente totale d’électricité disparaît au profit de l’autoconsommation avec vente du surplus. À l’instar du tarif de rachat, la prime à l’autoconsommation chute également de moitié. Elle est ramenée à 80 €/kWc contre 160 €/kWc pour les installations d’une puissance inférieure ou égale à 9 kWc. Ces règles s’appliquent aux foyers dont la demande de raccordement a été déposée après le 27 mars 2025. La loi prévoit aussi une TVA réduite à 5,5 % sur ce type d’installation depuis le 1er octobre 2025.
Pour revendre son surplus, le particulier doit opter pour l’autoconsommation avec vente du surplus, faire installer ses panneaux par un professionnel labellisé RGE, puis déposer une demande de raccordement auprès d’Enedis. Une fois le dossier validé, un contrat d’obligation d’achat est signé avec EDF obligation d’achat. Aussi appelée EDF OA, cette filiale d’EDF est tenue de racheter l’électricité produite en surplus par les particuliers, qui sont eux-mêmes obligés de la lui revendre exclusivement – dans le cadre du contrat d’obligation d’achat. Le tarif appliqué est alors celui en vigueur à la date du dossier complet et le contrat garantit un tarif bloqué pendant 20 ans.
La mesure du surplus est assurée par le compteur Linky, qui distingue automatiquement consommation et injection. Si la revente devient moins rentable, la loi ouvre une autre voie : le stockage par batterie solaire, permettant d’utiliser plus tard l’électricité produite en journée.
Dans ce nouveau paysage, le stockage d’électricité s’impose comme la pièce manquante. Le principe est simple : conserver l’énergie produite en journée pour l’utiliser le soir, lorsque les panneaux ne produisent plus. Les batteries domestiques, de plus en plus intelligentes, permettent d’augmenter fortement le taux d’autonomie d’un foyer. Au-delà de l’aspect financier, ces solutions séduisent aussi par la promesse d’une plus grande indépendance énergétique et d’une meilleure résilience en cas de coupure.
En définitive, la baisse du tarif de rachat ne signe clairement pas la fin du photovoltaïque résidentiel, mais le terme d’un modèle. Le soleil est toujours au rendez-vous, mais il invite désormais les particuliers à consommer plus malin plutôt qu’à revendre à perte. Une transition moins dorée, mais peut-être plus durable.