De l’usine au chantier : réinventer le Made in France à l’heure de l’électrification (Les Échos)
Longtemps associé à une question d’origine, le fabriqué en France est devenu un enjeu de compétitivité. Face à l’électrification croissante des bâtiments, aux exigences environnementales et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la capacité à concevoir, produire et déployer rapidement de nouvelles solutions constitue désormais un avantage stratégique.
Dans la filière électrique française, cette dynamique repose sur des investissements industriels, des savoir-faire locaux et une coopération étroite entre fabricants, distributeurs et installateurs. C’est cette vision que portent Claire-Sophie Haas, directrice marketing et communication de Rexel France, et Elisabeth Jolly, responsable RSE de Legrand France, convaincues que l’ancrage territorial demeure un facteur clé d’innovation, de compétitivité et de transformation du marché.
La transition énergétique transforme en profondeur les attentes du marché. Électrification des usages, rénovation énergétique, mobilité électrique, pilotage intelligent des consommations : les besoins évoluent rapidement et imposent aux acteurs de la filière d’accélérer leur capacité d’innovation.
Pour répondre à ces enjeux, les investissements industriels réalisés en France jouent un rôle déterminant. Legrand poursuit un programme d’investissements de 80 millions d’euros destiné à renforcer son outil industriel ainsi que ses activités liées aux transitions énergétique et numérique. Avec un maillage industriel dense sur le territoire de l’Hexagone, « Legrand réalise 74 % de son chiffre d’affaires France avec des produits issus de ses usines françaises », précise Elisabeth Jolly.
De son côté, Rexel France réalise 30 % de ses ventes avec des produits fabriqués en France, et 50 % avec des produits fabriqués en Europe. Une répartition qui reflète son engagement en faveur d’une industrie forte et innovante, et de la diffusion auprès des professionnels de solutions produites au plus près de leurs marchés.
Cette dynamique industrielle répond d’ailleurs à une transformation des attentes. Les entreprises ne jugent plus une solution à l’aune de ses seules performances techniques. Disponibilité des produits, résilience des chaînes d’approvisionnement, qualité des données fournies ou encore impact environnemental entrent désormais pleinement dans l’équation.
À l’interface entre fabricants et professionnels, Rexel observe cette évolution au quotidien. Avec plus de 200 000 clients et un réseau de plus de 500 agences, l’entreprise accompagne des arbitrages de plus en plus complexes, où il s’agit moins de choisir un produit que d’identifier la réponse la plus adaptée aux contraintes opérationnelles, économiques et environnementales de chaque projet.
Cette évolution est particulièrement visible dans les appels d’offres où « La performance environnementale est devenue un incontournable, aux côtés des performances techniques et économiques. Nos clients nous demandent notamment des produits « bas carbone » comme nos chemins de câble fil inox qui contiennent plus de 90% d’acier recyclé, ce qui réduit fortement leur empreinte carbone tout en contribuant à l’économie circulaire, autre attendu clé de nos clients », souligne Elisabeth Jolly, responsable RSE de Legrand France.
Les choix ne portent donc plus uniquement sur un équipement mais sur un ensemble de garanties concernant sa fabrication, sa disponibilité et son impact dans la durée. Produire au plus près du marché peut contribuer à raccourcir les cycles d’innovation, à renforcer la qualité de service et à mieux répondre aux besoins des clients.
« Cette proximité prend tout son sens dans le développement de modèles circulaires, comme celui des Blocs Autonomes d’Eclairage de Sécurité reconditionnés. Ce modèle repose sur une organisation à l’échelle nationale : de la récupération des produits usagés via nos clients ou notre éco-organisme, à leur remise en état dans notre usine. Une démarche qui transforme progressivement nos pratiques, nos métiers et nos façons de travailler ensemble à l’échelle locale. », explique Elisabeth Jolly.
La force d’une filière
L’ancrage industriel français ne se limite pas à une capacité de production. Il permet également de transformer plus rapidement les évolutions technologiques en solutions concrètes, grâce à la proximité entre industriels, distributeurs et utilisateurs.
Les bornes de recharge Green’up Home et Green’up Control de Legrand illustrent cette dynamique. Conçues et fabriquées en Normandie, elles répondent à la montée en puissance de la mobilité électrique avec une solution adaptée aux besoins des particuliers. Elles témoignent de la capacité de la filière à faire émerger des innovations en lien direct avec les nouveaux usages de l’électrification.
Mais développer une innovation ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle soit connue, comprise et adoptée par les professionnels qui la mettront en œuvre sur le terrain.
« La multiplication des solutions rend les arbitrages plus complexes. Notre rôle est d’aider les professionnels à comparer les offres et à retenir celles qui répondent le mieux aux contraintes économiques, techniques et environnementales de leurs projets », explique Claire-Sophie Haas, directrice marketing et communication de Rexel France.
C’est dans cet esprit qu’a été lancé le programme Sustainability Shapers. Cette initiative réunit plusieurs partenaires industriels afin de mettre en lumière les solutions qui accompagnent les transformations du bâtiment et des infrastructures, et d’apporter aux professionnels les repères nécessaires pour les évaluer.
La qualité d'une solution ne suffit pas à garantir son adoption. Elle doit être disponible, compréhensible et simple à mettre en œuvre pour les professionnels
Claire-Sophie Haas
Directrice marketing et communication de Rexel France