Cuivre : la circularité devient un enjeu stratégique pour l’électrification (Les Echos)
L’électrification fait bondir les besoins en câbles, alors que l’offre de cuivre reste contrainte et son prix volatil. Pour la filière électrique, récupérer le métal déjà présent dans les bâtiments et les réseaux devient une question industrielle autant qu’environnementale. Rexel et Nexans organisent une première boucle qui va des centres logistiques de distribution au centre de recyclage.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de cuivre passerait de 27,5 millions de tonnes en 2025 à plus de 31 millions en 2030. Data centers, mobilité électrique, industrie, réseaux : tous ces marchés consomment du câble. L’Agence estime qu’il faudra ajouter ou rénover 80 millions de kilomètres de lignes électriques d’ici 2040, soit l’équivalent du réseau mondial actuel.
Produire davantage ne suffira pas. Il faut aussi sécuriser l’accès au métal et exploiter celui qui circule déjà. Le cuivre en fin de vie a une valeur industrielle, à condition de savoir le récupérer.
C’est le point de départ de la coopération entre Rexel et Nexans. Rexel rassemble dans ses centres logistiques les chutes de câbles générées lors de la préparation des commandes pour les chantiers. Une fois ces volumes regroupés, Nexans les récupère via CableLoop, les achemine vers son centre de recyclage et réintroduit le cuivre recyclé dans sa production. Une boucle vertueuse qui repose sur une complémentarité de ses acteurs : Rexel organise le retour de la matière depuis son réseau, Nexans la transforme pour la remettre en circulation sur le marché.
Augmenter la part de cuivre recyclé
Les matières premières, et notamment le cuivre, représentent l’essentiel de l’empreinte carbone d’un câble électrique. Son cours, élevé et fluctuant, pèse aussi sur la sécurité des approvisionnements. Augmenter la part de cuivre recyclé répond aux deux problèmes : moins d’extraction minière et d’émissions de gaz à effet de serre, moins d’exposition aux tensions sur la matière et aux variations de prix.
Le cuivre déjà présent dans nos bâtiments et nos réseaux est une véritable ressource industrielle. L'enjeu est désormais de le récupérer, de le traiter en France et de le réintroduire dans de nouveaux câbles.
Marie de Williencourt
Directrice Marketing et Innovation France de Nexans
En 2025, Nexans a recyclé 90 000 tonnes de matières premières. Au niveau mondial, le cuivre recyclé représente plus de 19 % du métal utilisé dans sa production, avec un objectif de 25 % en 2028.
Le groupe investit plus de 90 millions d’euros à Lens dans une nouvelle capacité de production et de recyclage. À pleine charge, l’installation permettra de produire jusqu’à 80 000 tonnes de cuivre 100% recyclé par an et augmentera de plus de 50 % la production de fil machine du site. Le fil issu du recyclage aura la même qualité et la même conductivité que le cuivre primaire. Davantage de métal restera en France au lieu de partir vers d’autres marchés. Encore faut-il le récupérer.
Du terrain à l’usine
En 2025, 114 tonnes de matière ont été collectées dans les centres logistiques de Rexel, avec un objectif d’environ 120 tonnes par an dans les prochaines années. Ces matières sont aujourd’hui triées, séparées et valorisées.
« Pour faire de la circularité un véritable levier industriel, il faut agir aux deux niveaux de la chaîne : mieux capter la matière disponible et créer de la demande pour les produits qui intègrent davantage de matière recyclée. Cela suppose de rendre ces critères plus lisibles pour les professionnels et de mieux valoriser les offres qui contribuent à cette transformation. », résume Claire-Sophie Haas, directrice Marketing et Communication de Rexel France.
Créer la demande pour les produits à moindre empreinte
Collecter ne suffit pas. Il faut aussi que les clients achètent des produits intégrant plus de matière recyclée ou affichant une empreinte carbone réduite. Or la performance environnementale d’un produit reste difficile à lire et à comparer, contrairement à son prix ou à ses caractéristiques techniques.
Rexel s’appuie pour cela sur les données fournies par les fabricants. Son Carbon Tracker mesure l’empreinte carbone des produits achetés et aide les clients à arbitrer à l’échelle d’un projet.
Les produits présentant les meilleures performances environnementales sont également mis en avant sur les outils digitaux de Rexel. C’est notamment le cas des câbles Nexans Protect, intégrant 11,9% de cuivre recyclé, qui ont rejoint la Sélection durable Rexel.
Les premiers effets sont mesurables. Sur douze mois, les ventes ont progressé de X % en tonnage. En 2026, 60 000 clients Rexel ont acheté au moins une référence Nexans Protect.Une nouvelle chaîne de valeur pour la filière
Cette coopération s’inscrit dans Sustainability Shapers, le programme lancé par le Groupe Rexel avec plusieurs fabricants pour développer des services circulaires, enrichir les données environnementales et accélérer l’adoption de solutions durables.
Avec l’électrification, l’accès au cuivre compte autant que sa production. Aucun acteur ne peut y répondre seul. Il faut relier les industriels qui retraitent la matière, les distributeurs proches du terrain et les professionnels qui détiennent les gisements. Pour la filière électrique française, l’économie circulaire est désormais une question d’approvisionnement, de résilience et de compétitivité.