Transition énergétique

Budget 2026 : MaPrimeRenov’ de nouveau suspendue

Fermé, rouvert, restreint puis suspendu… La « saga » MaPrimeRenov‘ n’en finit plus de connaître des rebondissements, au point d’être devenue le symbole de l’instabilité des politiques publiques. Un « stop and go » qui n’est pas sans conséquence pour la bonne marche de la rénovation énergétique des logements.  

Budget 2026 : MaPrimeRenov’ de nouveau suspendue

Le dispositif phare d’aide à la rénovation énergétique, victime collatérale de l’absence de budget pour 2026. Depuis le 1er janvier dernier, le guichet de dépôt de demandes MaPrimeRenov’ est une nouvelle fois fermé, que ce soit pour une rénovation d’ampleur ou des mono-gestes. Le gouvernement indique qu’il le restera « jusqu’à l’adoption de la loi de finance 2026 ». « On espérait redémarrer sur les chapeaux de roues en janvier, mais avec une loi spéciale, ce n’est pas possible, on ne pourra pas rouvrir les guichets tant qu’il n’y a pas de budget » avait indiqué Vincent Jeanbrun, ministre du Logement avant les congés de fin d’année.  

L’examen du projet de loi de finances (PLF) reprend ces jours-ci à l’Assemblée nationale sans certitude sur une potentielle adoption au terme des débats parlementaires. En attendant, les dispositifs MaPrimeRenov’ mais aussi MaPrimeAdapt’ ou Ma Prime Logement Décent, resteront suspendus encore plusieurs semaines au grand dam des petites entreprises du BTP. Celles-ci avaient déjà dû accuser le coup en 2025 après une longue fermeture du guichet de trois mois, entre juin et septembre, pour les rénovations d’ampleur. Un afflux massif de demandes et des fraudes trop importantes avaient officiellement justifié cette suspension à l’époque décidée par le gouvernement de François Bayrou.  

MaPrimeRenov’ ou le « stop and go » permanent  

Le dispositif pour les rénovations d’ampleur avait finalement rouvert en septembre dernier, mais dans une version extrêmement restrictive. Face à un contexte budgétaire tendu et pour respecter une enveloppe contrainte, l’Etat avait décidé de réserver l’aide aux foyers les plus modestes, d’abaisser les plafonds de travaux subventionnables (jusqu’à 30 000 euros pour les projets permettant un gain de deux classes énergétiques et jusqu’à 40.000 pour un gain de trois classes) et de les réserver aux seules passoires énergétiques. Ce qui avait abouti à un nombre de dossiers limité à 13 000 pour le dernier trimestre de l’année 2025. 

Il est à noter que la suspension actuelle de MaPrimeRenov’ ne remet pas en cause les dossiers validés pour lesquels une décision d’aide a été octroyée. Concernant ceux-ci, les chantiers peuvent débuter ou se poursuivre et les demandes de paiement peuvent être déposées sur la plateforme. S’agissant des demandes qui ont été déposées avant le 1er janvier, celles-ci restent traitées par les services de l’Agence nationale de l’Habitat (Anah), l’organisme chargé de la distribution des aides à la rénovation énergétique. Aucune décision d’octroi ne pourra cependant intervenir avant l’adoption de la loi de finance pour 2026, avec en corollaire un allongement des délais de traitement.  

Des perspectives incertaines pour 2026 

Lors de la réouverture du guichet, à une date qui demeure donc pour l’heure inconnue, les demandes concernant des logements classés C et D seront de nouveau traitées tandis que les critères de revenus seront assouplis. Supprimé en septembre dernier, le bonus de 10 % en cas de sortie du statut de passoire énergétique ne réintégrera en revanche pas le dispositif.  

Sur l’ensemble de l’année 2026, l’Anah, qui se verrait dotée d’un budget de 4,4 milliards d’euros, se fixe un objectif minimal de 120 000 rénovations d’ampleur, dont 60 000 en copropriétés et 52 000 en logements individuels. Problème : ce chiffre inclut les 80 000 dossiers qui sont actuellement « gelés », en attente de traitement. Ce qui signifie concrètement que très peu de dossiers risquent d’être acceptés en 2026. En individuel, une petite poignée de quelques milliers de logements (7000 selon les calculs du journal Le Parisien) pourraient ainsi prétendre à l’aide.  

« L’artisanat du bâtiment est en train de vivre un plan social »   

Si l’Anah veut mettre l’accent sur les rénovations d’ampleur, elle se fixe un objectif de 150 000 pour les rénovations par geste. Néanmoins, la liste des travaux éligibles se réduit. L’isolation des murs par l’intérieur ou l’extérieur, de même que l’installation d’une chaudière biomasse, ne sont ainsi plus prises en charge.  

Ce contexte d’instabilité permanente du dispositif, ajouté aux incertitudes politiques et aux contraintes budgétaires, pèse lourdement sur les entreprises artisanales du bâtiment, confrontées à un ralentissement de leur activité et à un manque total de visibilité. « En France, on a détruit à peu près 40 000 emplois dans les entreprises de moins de 10 salariés de l’artisanat du bâtiment depuis deux ans. On a détruit à peu près 15 000 entreprises. L’artisanat du bâtiment est en train de vivre un plan social, qui ne se voit pas » déplore Jean-Christophe Repon, président de la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) dans Le Journal des Entreprises 

Concernant MaPrimeRenov’, le dirigeant de la Capeb réclame « un financement simple et cohérent » et une inscription du dispositif « dans un parcours de travaux sur plusieurs années »  estimant que ce laps de temps permettrait aux ménages de s’organiser sur le plan financier. Une chose est en tout cas certaine : de nouveaux changements devraient affecter MaPrimeRenov’ cette année. Le gouvernement planche ainsi sur la possibilité de donner à d’autres acteurs que l’Anah la possibilité de distribuer des aides pour les rénovations d’ampleur. Affaire à suivre. 

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