Génie climatique
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1 million de pompes à chaleur par an d’ici 2030, un objectif réaliste ?

Propulsée par les annonces gouvernementales récentes en faveur d’une électrification accélérée et massive de l’habitat, la pompe à chaleur est appelée à monter rapidement en puissance. Reste à savoir si la filière et le marché peuvent suivre le rythme.

1 million de pompes à chaleur par an d’ici 2030, un objectif réaliste ?

Outil clé de la transition énergétique pour décarboner les logements, la pompe à chaleur (PAC) a longtemps été freinée par le coût d’installation plus élevé que celui des chaudières au fioul ou au gaz encore très répandues en France. Mais avec les dernières annonces gouvernementales, la pompe à chaleur pourrait enfin s’imposer durablement comme moyen de chauffage privilégié dans les foyers français. Son principe : capter les calories présentes dans l’air, l’eau ou le sol, puis les restituer pour chauffer le logement grâce à un appoint électrique. Une technologie écologique et économique à long terme mais exigeante techniquement.

Présenté le 10 avril 2026, le plan d’électrification du gouvernement marque un tournant. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des prix du gaz et du pétrole, l’exécutif entend accélérer la substitution des énergies fossiles importées par l’électricité bas-carbone produite en abondance en France.

« Ce changement d’échelle se traduira concrètement par l’installation de 1 million de pompes à chaleur par an d’ici à 2030 », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu. Un objectif ambitieux au regard de la situation actuelle : les installations de PAC air-eau ou géothermiques ont plafonné à 182 000 unités en 2025, au plus bas depuis 2020 et à un niveau 2,5 fois inférieur à celui des installations des chaudières au gaz et au fioul. D’ici à 2030, le gouvernement entend tabler sur une moyenne de 550 000 installations de pompes à chaleur chaque année avec en toile de fond l’atteinte de l’objectif cible du million de PAC installées en 2030. Un effort considérable qui impose nécessairement de renforcer le soutien à l’achat.   

 

De nouvelles aides dès septembre 2026

À cet égard, les dispositifs existants, comme MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie (CEE), restent le socle du financement, mais leur logique évolue. À partir de septembre 2026, les rénovations énergétiques ne seront plus soutenues par l’État en cas de maintien d’un chauffage au gaz. « Cette mesure vise à éviter de financer des rénovations qui perpétuent une dépendance des ménages au gaz » justifie le gouvernement. 

La grande nouveauté : une offre « clés en main » de pompe à chaleur, incluant installation, maintenance et financement mensualisé, sans avance de frais, sur le modèle du leasing social de la voiture électrique. « L’objectif est que la mensualité, électricité comprise, reste inférieure à une facture de gaz », a expliqué Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, sur France Inter. Un dispositif qui laisse sceptique Coédis, l’organisation qui fédère l’ensemble des entreprises de la distribution professionnelle du second œuvre technique. « Pourquoi monter de nouveaux mécanismes, excessivement complexes, quand l’Etat pourrait tout simplement faciliter l’octroi de prêts à taux zéro, via les banques, mettant ainsi en dynamique l’ensemble de la filière ? » s’est publiquement interrogée la fédération qui rassemble plus de 400 entreprises, dont Rexel France.

L’exécutif doit lancer dans les prochains jours un appel à projets pour sélectionner et labelliser les acteurs capables de proposer cette formule, avec une mise en œuvre attendue dès l’automne. Mais, quel que soit le dispositif retenu (leasing ou prêt à taux zéro), la filière est-elle prête à répondre à une hausse soudaine de la demande ? 

 

Des aides « made in Europe » saluées par la filière

« L’industrie a enregistré cinq belles années de croissance depuis 2017 », partage François Deroche, président de l’Association française pour les pompes à chaleur (AFPAC). Mais en 2023 puis surtout en 2024, la dynamique s’est cassée, « les multiples évolutions de MaPrimeRénov’ et la hausse des prix de l’énergie liées à la guerre en Ukraine ont découragé certains ménages », souligne-t-il. « En 2022, il y a eu 300 000 pompes à chaleur commercialisées en France, aujourd’hui nous sommes à 180 000… » poursuit-il.

Le conditionnement des aides publiques à des équipements fabriqués en Europe est donc un signal très attendu par les industriels fragilisés après un brutal retournement du marché.

Même constat du côté du groupe Atlantic, l’un des principaux fabricants français de pompes à chaleur. Pour Yves Fanton d’Andon, directeur marketing et stratégique, « il y a aujourd’hui une forme de surcapacité après le retournement du marché en 2023-2024 ». Dans ce contexte, le fléchage des aides vers des productions européennes est très bien perçu : « C’est une forme de récompense pour les industriels qui ont investi en France et en Europe. C’est bon pour l’écologie mais aussi pour l’emploi en France et en Europe », ajoute-t-il. La filière du génie climatique, largement dominée par les pompes à chaleur, représentait en 2024 6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 46 000 emplois directs répartis sur 35 sites industriels en France.

Si la filière assure être prête à monter en puissance, tous les acteurs le répètent : la clé réside dans la visibilité à long terme. C’est l’idée que défend Cyril Radici, directeur général du Syndicat national de la maintenance et des services en efficacité énergétique (SYNASAV) : « Il faut au minimum trois ans de stabilité, idéalement cinq, pour que l’ensemble des prestataires et des acteurs du réseau s’organisent. »

Comme le détaille François Deroche, directeur marketing chez Daikin France, filiale du groupe japonais spécialisé dans les équipements de chauffage et de climatisation, « la pompe à chaleur est une technologie complexe, au cœur d’un écosystème industriel très spécialisé. Ce sont des machines avec des échangeurs, des compresseurs, des circuits frigorifiques… un savoir-faire très technique ». 

 

Le véritable goulot d’étranglement : les installateurs

Si l’appareil productif est en place, « le principal défi est désormais du côté des installateurs » prévient Cyril Radici. « La France dispose aujourd’hui d’environ 13 000 entreprises qualifiées QualiPAC pour installer des pompes à chaleur selon les chiffres de l’association Qualit’EnR. Un socle solide mais insuffisant. Il faudra changer d’échelle : jusqu’à 41 000 équivalents temps pleins supplémentaires devront être formés en fabrication, installation, maintenance et distribution dans les prochaines années. Il va falloir massivement renforcer les capacités d’installation, de mise en service et de maintenance », prévient-il.

Un enjeu d’autant plus crucial que la qualité d’installation conditionne directement la performance. « C’est une technologie sensible : mal dimensionnée, elle peut surconsommer ou ne pas délivrer les gains attendus, rappelle François Deroche, pour l’année qui vient, la filière est prête. Mais pour les années qui viennent, il faut de nouveaux talents ».

 

Un accueil chaleureux de la filière mais des doutes persistants

Dans l’ensemble, la filière accueille positivement les annonces gouvernementales. Les fabricants comme Atlantic et Daikin France saluent ainsi les efforts portés sur le Fabriqué en France et le Fabriqué en Europe. Yves Fanton d’Andon, du groupe Atlantic, y voit « un signal fort qui doit se pérenniser dans la durée afin de rassurer l’ensemble de la chaîne de valeur, des prestataires aux distributeurs ».

Mais la convergence de bonnes volontés ne suffira pas. Le plan d’électrification doit résoudre une équation complexe : pour que l’objectif du million de PAC installées soit atteint en 2030, il faudra former des dizaines de milliers d’installateurs en quelques années, stabiliser durablement le dispositif d’aides, et accompagner les propriétaires dont beaucoup habitent des logements encore mal isolés. Des défis réels, mais pas insurmontables : la filière a déjà démontré sa capacité à monter en puissance, et les outils existent. 

 

L’objectif de 1 million de PAC par an d’ici 2030 n’est donc pas irréaliste, mais il est conditionnel. Il suppose une continuité politique dans l’action, une montée en compétence accélérée de la filière installation, et un dispositif de financement suffisamment simple pour ne pas décourager les ménages les plus hésitants. Autant de variables qui, prises ensemble, en font un pari autant industriel que politique.

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Mag : La France électrique

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