Transition énergétique

Guerre au Moyen-Orient : une leçon majeure à tirer pour l’électrification l’impératif d’une sortie du pétrole

La fermeture du détroit d’Ormuz met en lumière ce que les chiffres disent depuis des années : la France est dangereusement dépendante de « l’or noir ». Le pays dispose pourtant d’un atout que peu ont : une électricité souveraine, abondante et largement décarbonée. 

Guerre au Moyen-Orient : une leçon majeure à tirer pour l’électrification l’impératif d’une sortie du pétrole

La question de l’électrification dépasse le seul enjeu climatique : elle touche à la sécurité nationale et à l’indépendance énergétique du pays. La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février dernier a brutalement rappelé à quel point l’économie mondiale tient à un fil. Ou, dans le cas présent, à un détroit.

En l’espèce, il s’agit du détroit d’Ormuz, étroit passage maritime bordé au nord par l’Iran qui relie le Golfe Persique à celui d’Oman. C’est par là que transite 20 % de la consommation mondiale de pétrole. En représailles aux frappes israélo-américaines, les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé en avoir pris le contrôle, multipliant les menaces sur les navires. « Le détroit est fermé. Si quiconque souhaite le traverser, nous incendierons le navire » a prévenu l’armée idéologique du régime iranien qui a ciblé à plusieurs reprises des navires pétroliers, dont au moins un aurait coulé selon l’Iran. Conséquence : le trafic est quasiment à l’arrêt depuis le 1er mars.

Avant d’en arriver là, l’Iran avait frappé des actifs énergétiques stratégiques dans la région : les installations de GNL du Qatar, contraignant Qatar Energy à suspendre sa production, une raffinerie en Arabie Saoudite ou encore un champ pétrolier aux Émirats arabes unis. Les prix du gaz européen ont flambé après l’arrêt des exportations du GNL qatari. Et le prix du pétrole a atteint momentanément jusqu’à 120 dollars le baril, son plus haut depuis mi-2022. 

Le 9 mars, une série de bombardements israéliens sur des dépôts d’hydrocarbures iraniens a accentué la crise et fait flamber le prix du baril de 30 % en quelques heures. Une envolée sans précédent avant qu’une dégringolade rapide ne survienne à la faveur de propos de Donald Trump affirmant que la guerre était « pratiquement terminée ». Un yo-yo illustratif de la grande fébrilité des marchés qui redoutent un enlisement du conflit qui risquerait de verrouiller le détroit d’Ormuz à plus long terme.

Une France peu exposée au choc immédiat, mais structurellement vulnérable

En France, le prix du carburant a très rapidement entamé un spectaculaire mouvement haussier. Le litre de SP95-E10 a pris 11 centimes depuis le déclenchement du conflit, atteignant 1,83 euro en moyenne le 9 mars, tandis que le gazole a grimpé de 25 centimes en une semaine, franchissant la barre des 2 euros le litre. En amont de la hausse redoutée, de nombreuses stations-service ont été prises d’assaut. Le gouvernement a toutefois rappelé que le risque de pénurie est minime : le pays dispose de 16 millions de tonnes d’hydrocarbures en stocks stratégiques et de sources d’approvisionnement variées au-delà du Moyen-Orient.

La réalité structurelle est pourtant têtue. En 2024, la facture énergétique de la France s’est élevée à 58 milliards d’euros, dont près de 44 milliards imputables au seul pétrole. Producteur de très peu d’énergies fossiles, l’Hexagone importe la quasi-totalité du pétrole, de ses dérivés et du gaz qu’il consomme. Des ressources sans lesquelles le pays serait à l’arrêt mais dont la France doit à tout prix se désengager pour tenir ses objectifs climatiques. Or, les transports, par exemple, sont un angle mort majeur. Dépendants à près de 90 % des produits pétroliers, ils représentent le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre du pays (à hauteur de 34 %). 

Au-delà de l’enjeu climatique, l’ingénieur Hussein Dia observe dans The Conversation que réduire la consommation de pétrole « renforce la résilience face aux chocs et réduit l’influence d’autres nations ».

Pareil constat avait été fait lorsque l’Europe avait pris la mesure de l’ampleur de sa dépendance au gaz russe en 2022. La guerre en Ukraine avait alors rappelé les conséquences majeures que peut avoir une flambée du prix de l’énergie sur le pouvoir d’achat des ménages, l’inflation et la compétitivité des entreprises. Si on ignore combien de temps il perdurera, le contexte dans le Golfe persique rejoue dans les grandes lignes la même partition.

L’électrification : une réponse structurelle, pas une réaction de court terme

Face à ces dangereuses dépendances, la France dispose d’un atout que peu de pays partagent : une électricité abondante, bas-carbone et compétitive, produite sur son sol par un parc combinant nucléaire et énergies renouvelables. RTE le documente dans son Bilan prévisionnel 2025 : le pays est en « position stratégique très avantageuse pour décarboner rapidement » son économie. Structurellement, le problème n’est donc pas la production. Il réside dans le rythme encore trop lent de l’électrification des usages.

Des signaux d’accélération existent. En 2025, 1 véhicule particulier neuf vendu sur 5 en France était tout-électrique, un record historique. Par ailleurs, plus de 170 grands projets industriels d’électrification sont en cours d’accès au réseau. Et la nouvelle feuille de route énergétique du pays, la PPE3, fixe un cap ambitieux : porter la part de l’électricité dans le mix de consommation finale à 38 % d’ici 2035.

Mais la dynamique reste fragile. Les ventes de pompes à chaleur stagnent depuis 2024. Le dispositif clé MaPrimeRénov’ souffre d’une instabilité réglementaire et d’interruptions multiples. La rénovation thermique des logements peine à passer à l’échelle. Dans l’industrie, les projets d’électrification existent sur le papier, mais trop de freins retardent encore leur concrétisation dans les usines.

Guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient : tirer les leçons des crises géopolitiques 

Déjà présentée comme une réponse centrale à l’urgence climatique, l’électrification trouve dans la crise du Golfe un argument supplémentaire, plus immédiat : le risque économique. Quand le détroit d’Ormuz est de facto verrouillé, le prix de l’essence grimpe à la pompe dans les 48 heures. Celui de l’électricité qui alimente une pompe à chaleur ou recharge une voiture électrique, lui, ne varie pas. À plus long terme, le prix de l’électricité reste corrélé à celui du gaz : une hausse ne peut donc être exclue tant que les centrales au gaz fossile importé restent dans le mix européen. 

L’indépendance énergétique est loin d’être un concept abstrait. C’est à la fois ce que ressentent déjà les automobilistes et ce que redoutent les entreprises. Au-delà du prix du carburant, le conflit menace d’autres équilibres : la hausse du gaz naturel, utilisé comme intrant majeur dans la production d’engrais azotés, pourrait renchérir les coûts agricoles à l’échelle mondiale et fragiliser la sécurité alimentaire de pays déjà sous tension. En parallèle, les chaînes d’approvisionnement industrielles, dépendantes du transport maritime dans la région, sont également exposées. 

L’électrification comme bouclier énergétique

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont profondément marqué la politique énergétique française : c’est en réaction à ces crises que le pays a lancé son programme nucléaire. Cinquante ans plus tard, l’histoire offre une nouvelle occasion de tirer les bonnes leçons.

Électrifier les transports, rénover les bâtiments, convertir les chaudières au fioul : ces mesures ne sont pas seulement des impératifs climatiques. Elles relèvent aussi de la souveraineté nationale. Car tant que l’économie française carbure aux combustibles fossiles, elle restera structurellement vulnérable aux aléas externes – principalement géopolitiques – qui peuvent impacter le prix et l’accès à ces ressources.

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Mag : La France électrique

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