Transition énergétique
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Plan d’électrification : le détail des 22 mesures

Amorcer la fin du gaz et la sortie progressive du pétrole : ce sont les principaux objectifs du plan d’électrification des usages porté par le gouvernement Lecornu. Particuliers, industriels, artisans… Qui est concerné par les 22 mesures du plan ? 

Une personne aux cheveux bouclés, portant un pull jaune, branche un câble de recharge dans une voiture électrique blanche. La scène se déroule à l'extérieur dans un stationnement, baignée par la lumière dorée d'un coucher de soleil éclatant en arrière-plan. Un panneau de signalisation indiquant une zone de recharge pour véhicules électriques est visible sur la gauche.

Plan d’électrification : le détail des 22 mesures

C’est un plan qui était attendu de pied ferme. Au début du mois de février, lors de la publication de la PPE3 (troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie), le gouvernement s’était engagé à compléter rapidement celle-ci par un plan d’électrification des usages. L’impact du choc pétrolier qui découle de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz a ensuite précipité la communication gouvernementale. Dès le 10 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ainsi pris la parole pour dévoiler les premières mesures phares du plan et annoncer un doublement du soutien à l’électrification

 

Deux semaines plus tard, place donc au détail de ce plan dont le gouvernement assure qu’il a été construit « avec l’ensemble des parties prenantes ». Élaboré en quelques semaines, il comporte 22 mesures dont 19 sont réparties entre les 4 secteurs les plus dépendants des énergies fossiles : les transports, le bâtiment, l’industrie et l’artisanat. Pour chacun de ces secteurs, des groupes de travail thématiques, associant ministres, parlementaires, acteurs associatifs ou industriels, ont été mis à contribution. Ce sont donc les conclusions de cette concertation qui ont présidé à l’élaboration de ce plan dont Courant Positif vous détaille aujourd’hui l’ensemble des mesures.

 

Bâtiments : la pompe à chaleur, guest star de l’électrification 

 

L’usage des bâtiments tertiaires et résidentiels demeure aujourd’hui un poste important d’émissions de gaz à effet de serre en France. En cause : une forte dépendance aux énergies fossiles. Celles-ci continuent de couvrir par exemple 34 % de la consommation énergétique du secteur résidentiel, principalement en raison du chauffage. Pour y remédier, le gouvernement compte donc une « solution technique mâture » : les pompes à chaleur qui permettent de remplacer les chaudières qui fonctionnent à l’énergie fossile. 

 

Première mesure en la matière : l’application aux pompes à chaleur (PAC) d’une offre fonctionnant sur le principe du leasing. Concrètement, l’État souhaite faire émerger des offres intégrant la pose, la maintenance, le financement et éventuellement la fourniture d’électricité, le tout payable en mensualités sur environ trois ans. Les aides existantes (MaPrimeRénov’ et CEE) seraient appliquées d’emblée, de façon à ce que les mensualités soient inférieures aux anciennes factures d’énergie. L’objectif : 25 000 ménages aidés « dans un premier temps »  pour relancer l’installation de PAC dans l’habitat individuel et collectif. À terme, le gouvernement vise 1 million de pompes à chaleur installées en 2030.

 

Côté réglementation, le gouvernement entend mettre un terme définitif au gaz dans la construction neuve. Si la RE2020 (réglementation énergétique et environnementale de l’ensemble de la construction neuve) avait déjà largement restreint son usage, des dérogations subsistaient pour l’installation du gaz en appoint ou l’hybridation dans les nouveaux immeubles collectifs. Celles-ci disparaîtront à compter du 1er janvier 2027 pour les logements et d’ici à 2030 pour les bâtiments tertiaires. 

 

Les aides à la rénovation seront également revues. Première mesure en la matière : le fléchage des aides à la rénovation vers l’électrification. Les rénovations d’ampleur financées par MaPrimeRénov‘ ne pourront ainsi plus déboucher sur le maintien d’un chauffage au gaz et ce dès le 1er septembre 2026. 

 

Dans le même esprit, le parc immobilier de l’État doit devenir « exemplaire ». Les 97 millions de m2 de bâtiments publics, dont environ 40 % sont encore chauffés au gaz et au fioul, devront être rapidement décarbonés. Pour accélérer les travaux de rénovation énergétique, le seuil de procédure formalisée pour les marchés publics de rénovation sera relevé à 140 000 euros. Une disposition qui devrait permettre de gagner plusieurs mois de procédure.

 

Enfin, le gouvernement entend s’appuyer sur une mesure visant à limiter les nouveaux raccordements au gaz en faisant peser leur coût intégral sur les demandeurs, plutôt que de le mutualiser sur l’ensemble des consommateurs. Il est prévu que cette disposition entre en vigueur au 1er janvier 2027.

 

Électrification des transports : le retour très attendu du leasing social 

Le secteur des transports représente le premier poste de consommation d’énergies fossiles en France, mais c’est aussi celui où les solutions d’électrification sont parmi les plus abouties. Le plan s’y attaque sur plusieurs fronts, des ménages modestes aux professionnels du transport de marchandises.

Côté particuliers, le gouvernement s’appuie en premier lieu sur le retour du leasing social pour une troisième édition. 50 000 nouveaux ménages aux revenus modestes pourront en bénéficier. Les loyers débuteront à moins de 100 euros par mois, avec un plafond fixé à 200 euros, et les premières livraisons sont attendues à partir de la mi-juillet 2026. Autre mesure ciblée sur le pouvoir d’achat : un soutien renforcé à l’achat pour les « gros rouleurs » de la classe moyenne qui sont contraints de parcourir des milliers de km par an pour leur activité professionnelle. Jusqu’au 31 décembre 2026, ils pourront accéder à une aide pouvant atteindre 7 700 euros. La cible : 50 000 véhicules électriques supplémentaires vendus. Souveraineté oblige, ceux-ci devront être équipés d’une batterie fabriquée en Europe

Pour les professionnels, le plan prévoit une revalorisation significative des aides à l’achat de véhicules utilitaires légers électriques dès le 1er juin 2026, avec un soutien porté jusqu’à 9 500 euros pour les très grands modèles fabriqués en Europe. « Un électricien ou un plombier parcourant 22 000 km par an, et équipé d’un grand utilitaire électrique, pourra ainsi diviser par deux à trois son coût de l’énergie chaque année. Les aides à l’achat renforcées permettront de prendre en charge environ 60 % du surcoût initial du véhicule, rendant la solution électrique plus économique après quelques années d’utilisation » indique le gouvernement à titre d’exemple. 

 

La même logique est appliquée au secteur du transport routier. Les aides à l’achat de poids lourds électriques passent ainsi à plus de 100 000 euros pour les tracteurs routiers  contre 60 000 euros jusqu’à présent. 

 

Le gouvernement entend également accélérer l’électrification des flottes de l’Etat. En 2025, un peu moins de 19 % des achats de voitures particulières et de véhicules utilitaires légers de l’État et des administrations publiques étaient électriques. Pour augmenter significativement cette part, le plan prévoit que 100 % des véhicules acquis lors des renouvellements annuels du parc de l’État seront électriques « dès que les conditions d’opérations le permettent ». Une circulaire prévue pour entrer en application à partir du 1er janvier 2027 viendra spécifier cette mesure. 

 

Enfin, un schéma directeur pour le déploiement des bornes de recharge sur le réseau routier national est acté : le nombre de points de charge pour véhicules légers devra être multiplié par cinq d’ici 2035, pour atteindre environ 22 000 points sur 900 aires auxquels s’ajouteront quelque 8 000 points dédiés aux poids lourds.

 

Industrie, artisanat et agriculture : un paquet de 8 mesures pour préserver la compétitivité 


C’est le volet le plus dense du plan. Il concerne spécifiquement les artisans, agriculteurs, pêcheurs et industriels et se concentre sur un objectif clé : réduire leur exposition à la volatilité des prix des hydrocarbures.

En premier lieu, un soutien à l’électrification des équipements artisanaux (fours de boulangers, rôtisseries, cabines de peinture pour carrosseries) est annoncé via une enveloppe de 16 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets Decarb Flash. Un prêt dédié de Bpifrance, sans garantie et remboursable sur 3 à 7 ans, viendra compléter ce dispositif. Autre mesure dans ce secteur : le soutien à l’électrification des engins de chantier, via un appel à projets de 50 millions d’euros piloté par l’Ademe avec un premier lancement prévu dès juin 2026. L’objectif est de financer l’acquisition d’au moins 1 000 engins électriques fabriqués en Europe.

Côté agriculture, le gouvernement entend développer l’offre d’engins agricoles électriques via le programme E-Trans de l’Ademe, avec une enveloppe portée à 10 millions d’euros. Le plan prévoit également de renforcer l’accès aux pompes à chaleur pour les serres maraîchères et horticoles, dont 80 % sont encore chauffées au gaz. Un objectif de 400 hectares équipés d’ici 2030 est fixé. Le secteur de la pêche, très exposé par sa dépendance aux hydrocarbures, n’est pas oublié. Le gouvernement souhaite en effet favoriser l’électrification des navires de pêche via les certificats d’économie d’énergie, le carburant pouvant représenter jusqu’à 50 % des charges d’exploitation de certains navires. L’objectif est d’équiper 500 bateaux d’ici 2030.

 

Pour les industriels enfin, le plan prévoit un renforcement des aides aux pompes à chaleur industrielles, aux chaudières électriques et aux compresseurs mécaniques de vapeur, avec des fiches CEE révisées à partir dès ce mois de mai 2026. Des appels à projets sont également relancés pour décarboner et électrifier les grands sites industriels avec un objectif de 2 TWh électrifiés d’ici 2030. Dernière mesure du volet industrie : de nouveaux contrats d’électricité de long terme (8 à 10 ans) adossés à la production renouvelable soutenue par l’État seront proposés aux entreprises. Les premiers volumes seront mis en vente en 2027.

 

« Territoires d’électrification »  : des collectivités appelées à s’impliquer 

En complément des axes sectoriels, le plan comporte trois mesures transversales dont l’impact est prévu se diffuser sur l’ensemble du territoire et de l’économie.

 

Première d’entre elles : la sélection de « 100 territoires d’électrification » d’ici l’été 2026. Ces communes et intercommunalités volontaires bénéficieront d’un appui en ingénierie et d’un accès facilité aux dispositifs nationaux, en contrepartie d’engagements sur des objectifs chiffrés. 

 

Le gouvernement entend par ailleurs faciliter l’accès au réseau électrique pour les industriels et les porteurs de projets numériques. Aujourd’hui, les délais de raccordement s’allongent faute de capacités suffisantes. Plus de 30 GW de demandes sont actuellement en attente auprès de RTE, soit trois fois la consommation actuelle de l’industrie. Pour débloquer cette file d’attente, l’exécutif compte donc assouplir les règles d’attribution des capacités et permettre, dans certains cas urgents, des connexions temporaires rapides au réseau haute tension, sans attendre la construction d’un poste dédié.

 

Enfin, dernière mesure du plan : l’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles. Une disposition votée dans la loi Climat et Résilience de 2021 mais jamais appliquée à ce jour. Un décret est attendu avant la fin de l’année pour que ce soit désormais le cas.

 

Impératif économique, social, environnemental et géopolitique

Au total, ce sont donc près de 4,5 milliards d’euros supplémentaires par an qui seront fléchés vers l’électrification d’ici 2030, s’ajoutant aux 5,5 milliards déjà engagés. Un effort conséquent, mais que le gouvernement présente comme rentable. La logique étant que chaque euro consacré à l’électrification soit un euro qui cesse de financer des importations d’hydrocarbures. Un impératif social et économique à l’heure où des millions de ménages sont exposés à la hausse des prix du gaz et du pétrole. Et une nécessaire avancée pour permettre à la France de gagner en souveraineté et de se rapprocher de l’atteinte de ses objectifs climatiques.

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