- Transition énergétique
Le media
de l’électrification
Entre grandes conférences et découvertes de solutions à impact positif, Courant Positif a passé une journée dans les travées du salon ChangeNow, grand-messe annuelle de l’économie de la transition. Tour d’horizon des porteurs de solutions rencontrés à cette occasion.
Depuis 2017, c’est LE grand rendez-vous annuel dédié aux solutions pour la planète. Pour sa 9e édition, placée sous le signe des limites planétaires, qui s’est déroulée du lundi 30 mars au mercredi 1er avril, l’incontournable salon international ChangeNow a retrouvé ses quartiers habituels au Grand Palais, à Paris. Pendant trois jours, 40 000 participants issus de 140 pays différents mais également 500 speakers ont participé à plus de 150 conférences et workshops présentant des solutions à impact dans le domaine des enjeux environnementaux, sociaux et business, en présence de 1 200 investisseurs et de 10 000 entreprises.
Mardi 31 mars, Courant Positif, le média de l’électrification by Rexel, a posé ses valises au pied de la Collective Stage, une scène située sous la grande nef et tapissée de dizaines d’affiches colorées de slogans tels que « There Is No Planet B », « With Action Comes Hope », « Light Up » ou encore « Action, Hope, Humanity ». Soit un bon résumé de l’état d’esprit de ce salon où se croisent dirigeants d’entreprises de toutes tailles, activistes, leaders indigènes, scientifiques de renom et responsables politiques.
Du côté de la Collective Stage, la journée débute par une conférence sur le thème de la souveraineté européenne, en présence d’une grande habituée de l’événement : Sandrine Dixson-Declève, présidente honoraire du Club de Rome qui avait également répondu présente à Rexel Expo, le grand rendez-vous de l’électrification, en octobre dernier. La veille, au même moment, Santiago Lefebvre, fondateur du festival, ouvrait le salon depuis l’immense Legacy Stage, lors d’un discours empreint tout à la fois de gravité et d’enthousiasme. Déplorant la fragmentation du monde, le ralentissement de l’action climatique et le déni de la science, il a souligné les immenses progrès enregistrés dans le monde en quelques années, énumérant quelques chiffres éloquents : « 90 % de toutes les nouvelles capacités installées dans le monde en 2024 étaient renouvelables. 70 % des grandes entreprises internationales se sont fixées des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. 80 % des citoyens européens considèrent que la protection de l’environnement devrait être une priorité, un chiffre qui monte même à 97 % en Chine ». Un discours conclu par un mot d’ordre en trois temps : Action, Espoir, Humanité.
Le triptyque trouve une incarnation concrète dans la programmation du jour. Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go, a ainsi apporté son expertise lors d’une table-ronde sur l’économie circulaire. Une heure plus tard, Pierre-Emmanuel Fleurantin, producteur délégué du film-documentaire multi-césarisé Le chant des forêts et co-fondateur du festival de cinéma des Arcs, évoquait le pouvoir du Grand Écran pour promouvoir le changement. À quelques mètres de là, la chercheuse Sasha Luccioni, référence mondiale en matière d’IA et de soutenabilité, sensibilisait son auditoire sur l’impact environnemental de l’intelligence artificielle.
Propice au networking, la pause méridienne qui a suivi était elle aussi placée sous le signe de la soutenabilité. Au menu : une cuisine engagée, entre mafés, sandwichs végétariens, pad thaïs et baklavas. Après le déjeuner, retour à une ambiance studieuse avec l’ingénieur Jean-Marc Jancovici qui fait salle comble d’un côté du Grand Palais et, de l’autre, une intervention à sensation de l’acteur Matt Damon sur la question de la préservation de l’eau. En parallèle de ces grands rendez-vous, institutions, ONG et grandes entreprises, dont le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), Renault ou encore Vinci, ont pris possession des Bubbles, pour des mini-conférences thématiques en comité réduit. Des grands noms, les participants ont pu aussi en retrouver près de l’espace librairie où l’agroclimatologue Serge Zaka, le biologiste Marc-André Selosse et Gary White, cofondateur de Water.org avec Matt Damon, étaient présents pour des séances de dédicace.
Mais le cœur battant de ChangeNow, c’est bien la mise en avant de solutions à impact. Sous la verrière du Grand Palais, la majorité de l’espace est occupée par les stands de près de 300 exposants. À travers les travées thématiques (Biodiversité, Villes, Éducation, Énergie, Mobilités, Océan, etc.), on trouve des ONG (Pure Ocean, Ashoka, Fédération de la Mode circulaire, Fondation GoodPlanet, Croix-Rouge), des grandes entreprises (L’Oréal, Saint-Gobain, Bouygues), et bien sûr des start-ups et fonds de dotation.
Courant Positif a profité de sa présence sur place pour explorer le pôle Énergie. Premier arrêt au stand de Ark Capture Solutions, une start-up belge basée en Wallonie qui ambitionne de capturer du CO2 directement dans la fumée qui sort des cheminées des usines. À la recherche d’investisseurs et de partenaires, la jeune entreprise a développé deux projets pilotes et travaille désormais sur une unité destinée à capturer 1000 tonnes de CO2 par an, explique Marnix Waterschoot, ingénieur de développement chez Ark Capture Solutions. La décarbonation du secteur industriel est également au cœur du projet de Radiant. « En matière de décarbonation de l’industrie, il y a encore un angle mort : la décarbonation de la chaleur. C’est 15 % des émissions de CO2 dans le monde, soit 5 fois plus que le trafic aérien, mais on manque de solutions matures » constate Thomas Delhon, cofondateur de cette start-up francilienne. La solution de Radiant pour adresser cet enjeu majeur ? Produire une chaleur compétitive et décarbonée pour les procédés industriels de 200 à 1000°C, grâce à une technologie de concentration solaire.
La décarbonation, c’est aussi l’affaire de Arkeon Energy Systems, dans les grands bâtiments. Basée dans le Sud-Ouest, la jeune société propose un système de chauffage collectif qui combine pompes à chaleur R290 issues du marché, stockage thermique et pilotage intelligent connecté. « La géothermie nous semble être le meilleur levier pour électrifier l’usage du chauffage dans les grands bâtiments » détaille Colin Leti, directeur général et cofondateur de Arkeon. De la géothermie, certes… mais via une cuve remplie d’eau installée à la place de la chaufferie existante, qui fait office de nappe phréatique. Intelligent et basé sur la thermodynamique, le système permet de stocker la chaleur aux heures les plus favorables quand l’électricité est la moins chère. Le procédé permettrait de réaliser 30 à 50 % d’économies par rapport au chauffage au gaz.
Autre solution innovante pour les acteurs du tertiaire : RegenBox. Cette entreprise parisienne a breveté une technologie de régénération des piles alcalines AA et AAA. Leurs boîtiers permettent de recharger une pile jusqu’à 5 ou 6 fois, lui restituant 80 % de sa capacité. Disponible auprès du grand public, RegenBox cible aussi les entreprises. Ses stations de recharge collectives équipent ainsi des groupes comme L’Oréal, la SNCF ou EDF. Des piles aux panneaux photovoltaïques, il n’y a que quelques pas à faire et ceux-ci mènent droit au stand d’Ultrawatt. Cette entreprise clermontoise est spécialisée depuis 20 ans dans la fabrication de façades en aluminium composite. Directeur général de l’entreprise, Jean-Charles Battut a voulu aller plus loin en industrialisant un modèle de façade photovoltaïque. Ciblant en particulier les zones industrielles et commerciales, Ultrawatt permet ainsi l’intégration de panneaux solaires du marché en façade ventilée, améliorant les coefficients énergétiques du bâtiment de 30 %. « L’idée, c’est d’utiliser la façade de manière complémentaire à la toiture. Mais aussi d’encourager le réflexe façade quand on ne peut pas mettre de panneaux sur le toit » explique Jean-Charles Battut. Lequel a du pain sur la planche : Ultrawatt équipera prochainement les façades du nouveau data center de Digital Realty, à Marseille.
Des solutions à impact, Courant Positif en a croisées des dizaines d’autres à ChangeNow, de WattAnyWhere et son générateur à pile à combustible qui transforme l’éthanol en électricité propre à SailCoop, la coopérative qui veut démocratiser le transport de passagers à la voile. Un témoignage de la richesse d’une économie de la transition toujours florissante. Chambre de résonance mondiale sur le sujet, le Grand Palais aura une fois de plus tenu sa promesse auprès de toutes celles et ceux qui refusent de subir l’avenir. Cap désormais sur 2027 et une dixième édition anniversaire qui s’annonce, déjà, comme un moment à ne pas manquer.