Femmes dans les métiers de l’énergie : comment Rexel fait bouger les lignes
Comment favoriser la mixité dans les métiers de la transition énergétique ? Entretien avec Carine Penigault, DRH de Rexel France.
Depuis 1977, à l’initiative des Nations Unies, le 8 mars correspond à la journée internationale du droit des femmes. Cette journée est chaque année l’occasion de faire le bilan sur les progrès réalisés en matière d’inclusivité, notamment dans le monde professionnel.
Si certains secteurs ont réalisé des avancées considérables, le domaine de l’énergie part de loin. Selon les chiffres du réseau Cler, le taux de femmes travaillant dans le secteur atteint seulement 20 à 30 %, ce qui le classe parmi ceux où les inégalités de genre sont les plus marquées. La ratio apparaît même encore plus faible dans les métiers techniques.
Face à ce constat, comment agissent les entreprises du secteur ? Courant Positif s’est entretenu avec Carine Penigault, Directrice des Ressources Humaines de Rexel France.
L’électrification est un secteur en pleine transformation. Est-ce le bon moment pour attirer plus de femmes dans ces métiers ?
Carine Penigault : En réalité, nous n’avons pas attendu que le secteur se transforme pour se poser la question de la place des femmes car, nous le savons, la mixité est un levier de performance important : elle stimule l’innovation, renforce la compréhension des clients et consolide la cohésion des équipes. Dans un marché aussi concurrentiel que celui de l’électrification, se priver de talents féminins serait une erreur économique. Cela dit, la transition énergétique est effectivement un accélérateur formidable.
Les métiers changent de nature : L’électrification devient un sujet d’accompagnement, de solutions globales, de data, de services. On parle moins uniquement de produits et de technicité, et beaucoup plus de conseil, de performance énergétique, de parcours client, de digital. Ça ouvre le champ à des profils variés, avec des compétences relationnelles, analytiques et de gestion de projet. Et ça donne aussi un sens très concret au travail : s’impliquer dans la transition énergétique et accompagner nos clients vers des solutions durables. C’est un levier d’attractivité fort, notamment pour des profils qui recherchent un métier à impact positif.
Faire évoluer les mentalités, ça ne se fait pas que dans l'entreprise : ça commence dès l'école
Carine Penigault
Directrice des Ressources Humaines, Rexel France
Quels sont les freins qui expliquent que les femmes soient encore si peu nombreuses dans ce secteur ?
P. : Ils sont multiples, historiques et largement culturels. Des stéréotypes autour des métiers techniques influencent malheureusement les choix d’orientation très tôt. Beaucoup de jeunes femmes ne se projettent pas spontanément dans ces univers, par manque de modèles visibles. Les représentations des environnements industriels restent assez persistantes, alors même que nos métiers ont profondément évolué. C’est pour cela qu’on travaille à la fois sur l’attractivité externe – en rendant visibles des parcours féminins inspirants – et sur la culture interne, avec des formations, des accords, des partenariats, des engagements contre les stéréotypes de genre et le sexisme. Faire évoluer les mentalités, ça ne se fait pas que dans l’entreprise : ça commence dès l’école. Tout le secteur a un travail de communication à faire pour que les jeunes générations féminines puissent se projeter dans ces métiers.
Les formations spécialisées sont-elles justement en train de s’ouvrir ?
P. : Oui, on constate une évolution progressive, même si le rythme doit encore s’accélérer. Chez Rexel France, plus de 70 % des collaborateurs travaillent au commerce. Dans les formations commerciales, les femmes sont plus présentes : souvent proches de la parité, voire majoritaires dans certains BTS de relation client ou management commercial. En revanche, elles restent très minoritaires – souvent en dessous de 10 % – dans les filières techniques comme l’électrotechnique ou le génie électrique.
Le défi pour notre secteur, c’est donc de mieux connecter ces talents commerciaux féminins aux métiers techniques et à l’électrification. C’est pourquoi depuis quelques années, nous ouvrons nos recrutements à davantage de profils issus de formation commerciale, ce qui nous permet d’attirer plus de femmes, et à travers la Rexel Academy, nous leur proposons des formations techniques sur nos produits, solutions et services.
Chez Rexel France, un index de l’égalité professionnelle à 99/100
Quelles actions avez-vous mises en place concrètement ?
P. : Depuis quelques années, nous agissons sur plusieurs fronts. Il y a aujourd’hui environ 24 % de femmes parmi les effectifs de Rexel France. Cela peut paraître peu mais nous menons un travail de fond, dans la durée, pour rendre notre entreprise plus inclusive. En 2025, l’index de l’égalité professionnelle de Rexel France atteint 99/100* pour la seconde année consécutive. C’est un résultat dont nous sommes fiers, mais c’est surtout le reflet d’une exigence quotidienne.
Au-delà des indicateurs, notre approche repose sur quatre piliers : attirer, engager, fidéliser, développer. Cela se traduit notamment par plusieurs initiatives. Nous avons par exemple lancé un réseau interne féminin engagé sur les sujets d’égalité et de diversité ainsi que des formations managers pour prévenir les discriminations dans le recrutement. Avec le programme « Leadership au féminin« , nous aidons les femmes à prendre conscience de leur potentiel d’évolution, de leurs freins, comment les dépasser et oser candidater à des postes à plus larges responsabilités.
Nous avons également mis en place un partenariat avec France Travail pour recruter des femmes demandeuses d’emploi, ayant une appétence pour la relation client, que que l’on forme au métier de commerciale agence et que l’on intègre en CDI. Sur le recrutement, nous fixons des objectifs concrets en alternance : au moins 35 % de femmes pour les fonctions commerciales et supply chain et 50 % pour les fonctions support. Par ailleurs, nous avons créé un guide de la parentalité, ainsi qu’un guide et des ateliers de sensibilisation et de lutte contre le sexisme. Enfin, nous avons noué des partenariats de longue date avec deux associations : Capital Filles, qui vise à ouvrir des perspectives professionnelles à de jeunes femmes issues des quartiers prioritaires de la ville et des territoires ruraux, et Force Femmes, qui accompagne les femmes de plus de 45 ans dans leurs démarches de retour à l’emploi ou de création d’entreprise.
La digitalisation et l’IA peuvent-elles changer la donne pour la mixité ?
P. : Très clairement ! Rexel a pris le cap de l’IA depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, on ne parle plus uniquement de métiers techniques au sens traditionnel, mais d’expertises hybrides qui mêlent technologie, conseil, relation client et innovation. Cette transformation élargit le champ des compétences et diversifie les profils recherchés. Plus un métier devient transversal, plus il attire des parcours variés. Je suis convaincue que c’est une formidable opportunité pour accélérer la mixité dans notre secteur.
Les jeunes générations peuvent-elles être des moteurs de changement ?
P. : Ça ne fait aucun doute. Elles attendent des engagements concrets et mesurables, et sont très sensibles à la cohérence entre les discours et les actes. Chez Rexel, 90,4 % de nos jeunes nous recommandent à leurs proches. On a obtenu le trophée du meilleur employeur dans notre secteur, et le trophée Happy Trainees décerné après enquête auprès de nos alternants et stagiaires. Leur regard, leur exigence contribuent à accélérer la transformation culturelle. La mixité, ce n’est pas seulement une politique RH. C’est un levier de performance durable et un enjeu d’avenir pour toute la filière.
* Créé en 2018, l’index de l’égalité professionnelle est un indicateur basé sur les écarts de rémunération, la répartition des augmentations et des promotions, le suivi des retours de congé maternité, et la représentation féminine parmi les 10 plus hautes rémunérations. Il est obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés. En 2024, la note moyenne des entreprises était de 88/100.