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Bâtiment : les artisans entre premières avancées et rendez-vous manqués

Pour remédier à la crise profonde du secteur de la construction et du logement neuf, la CAPEB (syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment) a publié en juillet 2025 un rapport riche de propositions. Depuis, quelques signaux encourageants sont apparus, mais la reprise reste fragile.

Bâtiment : les artisans entre premières avancées et rendez-vous manqués

L’avis de gros temps perdure dans le secteur du logement neuf. La sortie de crise n’en finit plus de se faire attendre, sur fond de conjoncture économique troublée et de contexte politique incertain. Les Français se détournent de l’investissement locatif et les constructions de bâtiments neufs ralentissent, affectées par une hausse des coûts liée au prix des matériaux et aux nouvelles normes. 

Selon le bilan de conjoncture publié par la CAPEB en janvier 2026, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment a reculé de 3,8 % sur l’ensemble de l’année 2025, avec entre 30 000 et 40 000 emplois détruits en deux ans dans les TPE. Des signaux de reprise commencent néanmoins à se dessiner : la FFB (Fédération française du bâtiment) anticipe une amorce de rebond de la production de logements neufs pour 2026, portée notamment par plusieurs mesures budgétaires favorables.

« Le logement est plus qu’un enjeu sectoriel : il est une priorité nationale, écrivait la CAPEB dans son rapport Plan de relance pour le secteur du bâtiment, publié en juillet dernier. À travers lui s’expriment nos ambitions pour l’équilibre des territoires, la cohésion sociale et la transition écologique ». Le syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment formulait ensuite des recommandations, structurées autour de quatre axes stratégiques : adapter la politique d’urbanisme, faire évoluer le cadre contractuel, renforcer les dispositifs financiers et faciliter l’accès aux marchés publics et privés.

Adapter la politique d’urbanisme

La loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN) réduit l’offre de terrains constructibles et impose aux entreprises d’adapter leurs modèles économiques pour se tourner vers la transformation ou la densification du bâti existant. Pourtant, 49 % du chiffre d’affaires net de sous-traitance 2021 a été réalisé en construction neuve, soit 90 milliards d’euros. Pour les entreprises relevant du gros œuvre, cela représente plus de 50 % du chiffre d’affaires. « Ces entreprises sont essentielles pour le secteur du bâtiment et pour l’économie française dans son ensemble », rappelait le syndicat.

Le cadre légal pourrait toutefois évoluer : en mars 2025, le Sénat a adopté une proposition de loi supprimant l’objectif intermédiaire de réduction de 50 % de l’artificialisation d’ici 2031, remplacé par une trajectoire librement définie par les régions à l’horizon 2034. Un texte qui doit encore passer à l’Assemblée nationale.

Pour développer la transformation du bâti existant, la CAPEB recommandait de généraliser le « permis double-état » expérimenté lors des Jeux Olympiques de 2024, de pérenniser le « permis d’innover » et d’homogénéiser les normes entre bâtiments de logements et de bureaux.

Faire évoluer le cadre contractuel

L’abrogation ou l’évolution du contrat de construction de maison individuelle font également partie des propositions mises sur la table. Prévu pour protéger le client, ce type de contrat est « lourd, voire dangereux financièrement à manipuler », dénonçait la CAPEB, qui pousse les artisans à accéder au marché par la sous-traitance, « dont ils n’acceptent plus les dispositions contractuelles déséquilibrées ». Le syndicat préconise le recours à un notaire pour sécuriser la construction, des conditions contractuelles plus équilibrées et la réservation de foncier public aux particuliers souhaitant faire appel à des artisans en direct.

Renforcer l’accessibilité au logement et soutenir les artisans

Grippé depuis plusieurs années, le secteur de l’immobilier entraîne dans sa crise celui de la construction. Le Prêt à Taux Zéro, accessible pour le neuf sur l’ensemble du territoire national depuis le 1er avril 2025 et reconduit jusqu’en 2027, répondait à l’une des demandes historiques de la CAPEB. Dans son rapport de juillet, le syndicat appelait à aller encore plus loin, en revalorisant les plafonds et en ouvrant le dispositif aux repreneurs en bail réel solidaire.

Le gouvernement est également allé plus loin. Fin janvier 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lancé le plan « Relance logement », qui vise la construction de 2 millions de logements supplémentaires d’ici 2030. Le dispositif prévoit un avantage fiscal pour l’investissement locatif privé sans condition de zonage, 500 millions d’euros supplémentaires pour les bailleurs sociaux et des dérogations aux normes dans des « zones à bâtir d’urgence », dans l’esprit du permis expérimenté lors des Jeux olympiques de 2024. Des mesures qui rejoignent plusieurs préconisations de la CAPEB.

En revanche, la rénovation énergétique peine à retrouver une dynamique stable. MaPrimeRénov’ a été suspendue fin 2025, faute de budget adopté, avant de rouvrir en février 2026. Si la CAPEB a salué plusieurs amendements adoptés lors du budget 2026 comme « des mesures clés pour relancer la rénovation des logements », elle attend toujours « une stratégie globale et cohérente » de la part des pouvoirs publics. Le syndicat plaide notamment pour un parcours de rénovation par étapes, seule voie selon lui pour mobiliser l’ensemble des ménages, y compris les plus modestes.

Pour la CAPEB, il ne peut donc y avoir de transition réussie sans les artisans du bâtiment. Le secteur reste l’un des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre en France, même si celles-ci sont en baisse continue pour atteindre 15,5 % en 2024. L’enjeu est donc double : rénover le bâti pour une meilleure efficacité thermique et soutenir le tissu entrepreneurial local.

Faciliter l’accès aux marchés publics et privés

Dans cette optique, le syndicat soulignait dans son rapport l’importance de simplifier l’accès aux marchés publics et privés pour les artisans, et proposait de réserver 30 % minimum des marchés publics aux TPE. La CAPEB évoquait aussi la possibilité pour les artisans de constituer des groupements momentanés d’entreprises dans le cadre de marchés privés et d’ouvrir aux architectes les coopératives artisanales de construction, afin que celles-ci couvrent un spectre de compétences plus large.

Pour la CAPEB, cet ensemble de propositions avait été pensé comme une trame préalable à un dialogue constructif avec les pouvoirs publics. Plusieurs avancées ont été obtenues depuis, mais le syndicat maintient la pression : en amont des élections municipales de mars 2026, il avait publié 39 nouvelles propositions à destination des futurs élus locaux, gardant un œil sur la présidentielle de 2027. L’objectif reste le même : créer un environnement plus favorable aux entreprises artisanales, mieux répondre aux besoins de rénovation et de logements, et promouvoir une construction de qualité, innovante et durable.

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Mag : La France électrique

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