Grégoire Morineaux : On a un capital incroyable qui est sous-estimé et sous-exploité en France : notre mix énergétique. Aujourd’hui, si on considère les capacités de production, il est décarboné à plus de 90 %. Donc quand on électrifie en France, on utilise une énergie qui est faiblement émissive du fait de la nature du mix. Si on rentre dans le détail, la première source d’émissions et de consommation dans le bâtiment, c’est le chauffage. Ce sont donc les équipements de chauffage qu’il faut électrifier. C’est là qu’intervient la pompe à chaleur. Ensuite, d’autres moyens d’électrification existent, notamment des solutions de régulation thermique et de gestion des boucles d’eau chaude pour les infrastructures plus vastes. Dans tous les cas, des solutions techniques existent à la fois pour électrifier à la fois le chauffage des résidences individuelles et des bâtiments du secteur tertiaire. Pour le reste, les autres usages du bâtiment, comme les ouvrants, l’éclairage ou les télécommunications, sont déjà électrifiés.
Après notre mix, la sobriété énergétique est le deuxième levier important à considérer. Si on veut qu’un usage soit moins émissif, on va commencer par faire en sorte qu’il pollue moins à l’unité consommée et ensuite on va réduire les unités consommées. Au niveau des bâtiments, cela passe par des solutions actives : ce que l’on appelle la supervision énergétique. La première étape, c’est de mettre en place des systèmes de mesure énergétique. Quand je sais ce que je consomme, je sais ce que je peux réduire. Et puis il y a des solutions qui permettent, sur des usages identiques, de moins consommer. Le plus connu d’entre eux, c’est l’éclairage LED. La LED c’est beaucoup moins de consommation d’énergie que le fluorescent ou l’halogène d’hier. On a toutes les solutions aujourd’hui pour savoir ce que l’on consomme, comment et quand on le commence et ensuite mettre en place des systèmes de gestion. Aujourd’hui, la capacité à mieux consommer de l’énergie se démocratise. Nos systèmes actuels sont plus « intelligents » que les systèmes de domotique qui étaient utilisés encore récemment. Une concentration de technologies fait qu’un système devient autonome pour déterminer sur la base de l’usage que vous lui déclarez comment il va activer et gérer tout seul la mise en route des équipements pour en optimiser la consommation. On en arrive à ce que l’on appelle les technologies d’effacement d’énergie qui sont un gros enjeu pour les réseaux d’énergie de Enedis. Par exemple, les foyers qui sont généralement plutôt vides entre 10h et 16h vont être l’objet de besoins d’effacement au niveau du réseau pour éviter de diriger l’énergie dans des endroits qui n’en ont pas besoin et la réorienter là où il y a de réels besoins, notamment dans l’industrie. In fine, l’abaissement de la consommation d’énergie peut être résumé par ces leviers : électrification, sobriété et nouvelles technologies énergétiques qui permettent de démocratiser l’automatisation et le pilotage.