
- Énergies renouvelables
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Le media
de l’électrification
Conséquences de la guerre en Ukraine, crise énergétique, lutte contre le changement climatique, colère dans le monde agricole… Entre impératifs et tensions, la France et l’Europe tentent de réduire leurs dépendances et donc leurs vulnérabilités. Dans l’hexagone, le développement des énergies renouvelables en milieu agricole a pu éveiller des craintes quant à la place prise au détriment des cultures. Qu’en est-il vraiment ? Souveraineté énergétique et souveraineté alimentaire peuvent-elles faire bon ménage ?
Face à la multiplication de crises, la notion de souveraineté a été remise au cœur de certaines politiques publiques, notamment en matière d’énergie. Il est important de rappeler que si la France bénéficie déjà d’une électricité largement décarbonée, elle demeure très dépendante des énergies fossiles importées (pétrole et gaz principalement) qui représentent 60 % de sa consommation énergétique totale. Or, la solution pour réduire cette dépendance est connue : le pays a besoin d’un choc massif d’électrification.
Cette électrification au pas de charge ne peut se faire qu’avec l’installation de nouveaux moyens de production bas-carbone. À moyen terme, cela implique le développement de nouvelles capacités nucléaires alors que le parc actuel est vieillissant. À très court terme, le déploiement massif de sources de production d’électricité renouvelables est la seule solution. Les rapports, notamment de RTE, montrent qu’il s’agit là de la voie à suivre pour permettre à la France de gagner en souveraineté énergétique.
En 2023, dans un rapport parlementaire, la commission d’enquête chargée d’identifier « les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » avait ainsi souligné « l’importance de viser la souveraineté énergétique, au sens d’une liberté de disposer d’options énergétiques qui réduisent la dépendance du pays. Cette quête de souveraineté, et donc de liberté, au niveau énergétique doit être poursuivie au moyen de différents leviers ».
L’un des objectifs formulés dans le cadre de la deuxième programmation pluriannuelle de l’énergie (2019-2028), conjugue donc à la fois la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays mais aussi de développer les énergies renouvelables. D’ici 2028, leur part dans la consommation finale d’énergie doit ainsi atteindre 34 à 38 %, contre 19,3 % en 2021. Parmi les sources d’énergie permettant l’accélération nécessaire pour atteindre ces ambitions, figurent en premier lieu le solaire photovoltaïque et l’éolien sur terre et en mer.
Parmi les solutions permettant de répondre à ces objectifs, figurent des technologies qui peuvent permettre d’allier production d’énergie et production agricole : c’est le cas de la méthanisation qui crée du biogaz grâce à la revalorisation de déchets végétaux, et de l’agrivoltaïsme, via des installations étagées. Ces panneaux solaires surmontent les parcelles, laissant le champ libre au développement des cultures tout en produisant de l’énergie.
D'ici 2028, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie doit ainsi atteindre 34 à 38 %, contre 19,3 % en 2021.
Accélérer la production d’énergie renouvelable, c’est aussi multiplier les infrastructures, les ressources et les surfaces nécessaires. Des mètres carrés qui servent déjà ou qui peuvent servir par exemple aux cultures et à l’élevage, lesquels participent directement à la souveraineté alimentaire du pays. En 2020, la France métropolitaine comptait environ 53 % de surface agricole et était la première puissance agricole de l’Union européenne, avec 17 % de la production de l’UE, selon le réseau des chambres d’agriculture.
Pourtant, la crise sanitaire de 2020 puis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, ont révélé un certain nombre de fragilités françaises notamment à propos de la capacité du pays à assurer son autosuffisance alimentaire. Les indicateurs de souveraineté alimentaire et agricole publiés par le gouvernement en mars 2024 pointaient ainsi « une dépendance en intrants amont essentiels à notre production agricole ». Ce sont en particulier « les protéines végétales (dont les deux tiers sont importés, notamment du Brésil et d’Argentine), l’azote minéral (dont les trois quart sont importés avec un bilan environnemental lourd), les graines oléagineuses essentielles à la production de biocarburants (dont le tiers est importé, essentiellement d’Australie) ».
De plus et malgré d’importantes surfaces agricoles, une partie des cultures françaises ne servent pas à nourrir directement les populations, comme le rappelait Pierre-Marie Aubert, directeur du programme Politiques agricoles et alimentaires de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) en janvier 2023. Lors d’une conférence à l’Ifocap (Institut de formation des cadres paysans), il indiquait que sur les 225 Mt de matières sèches issues des sols arables en France (grains, résidus ou fourrage), 100 Mt ont servi à nourrir les élevages et 20 Mt à nourrir les humains en 2020. Environ 10 Mt sont utilisées par l’industrie non-alimentaire, dont la production de bioénergie.
Du fait des conditions difficiles d’exercice du métier d’agriculteur et des fluctuations des prix des denrées alimentaires, le nombre d’exploitations agricoles décroît d’année en année – elles étaient ainsi 416 436 en 2020, contre 698 535 en 2000 selon les chiffres du réseau des chambres d’agriculture. Or, la production d’énergie via des installations photovoltaïques agricoles ou des méthaniseurs peut permettre aux agriculteurs de diversifier et d’augmenter leurs revenus, tout en participant à la transition énergétique du pays.
Cette transition des exploitations agricoles de la production alimentaire stricte vers la production partagée entre culture et énergie ne peut être que partielle. Si l’on prend l’exemple de la méthanisation, son objectif est de valoriser notamment des déchets de cultures ou d’effluents et des lisiers d’élevage. La décomposition de ces matières va produire du méthane qui sera ensuite transformé en biogaz. Pour garantir un équilibre entre production d’énergies renouvelables et préservation des ressources agricoles, le code de l’environnement (article D. 543-292) prévoit qu’un méthaniseur ne peut être approvisionné par des cultures alimentaires ou énergétiques au-delà de 15 % de la culture principale.
L’objectif est clair : il s’agit de se prémunir du risque d’un développement de la production énergétique au détriment de la production alimentaire, les méthaniseurs ayant pour fonction principale la valorisation des déchets issus des exploitations agricoles, et non la production et la vente d’énergie, qui sont ses corollaires.
Autre solution majeure, qui permet à la fois d’optimiser les terres et d’assurer des revenus supplémentaires aux agriculteurs : l’agrivoltaïsme. Cette solution est à distinguer du photovoltaïque sur bâtiment agricole qui consiste à placer des installations solaires sur les toits des hangars ou des fermes. L’agrivoltaïsme désigne lui la pratique consistant à installer sur un même site une production agricole et une production d’électricité assurée par des panneaux solaires photovoltaïques. Selon les critères fixés par la loi APER (loi relative à l’accélération de la production des énergies renouvelables) du 10 mars 2023, « est considérée comme agrivoltaïque une installation qui apporte directement à la parcelle agricole au moins l’un des services suivants, en garantissant à un agriculteur actif une production agricole significative et un revenu durable en étant issu : l’amélioration du potentiel et de l’impact agronomiques ; l’adaptation au changement climatique ; la protection contre les aléas ; l’amélioration du bien-être animal » .
On va pouvoir à terme remplacer une partie des agrocarburants par une filière électrique qui va permettre de récupérer beaucoup d'hectares de cultures.
Christian Dupraz
chercheur à l'INRAE
À l’inverse, selon les critères fixés par la loi APER (loi relative à l’accélération de la production des énergies renouvelables) du 10 mars 2023, une installation qui n’est pas réversible, qui ne permet pas à la production agricole d’être l’activité principale de la parcelle agricole et qui porte une atteinte substantielle à l’un des services précités ou une atteinte limitée à deux de ces services, ne peut être considérée comme étant agrivoltaïque. Ces garde-fous ont précisément été introduits de manière à ne pas nuire aux activités de production agricole dans une logique de préservation de la souveraineté alimentaire du pays. Par ailleurs, le décret du 9 avril 2024 relatif au développement de l’agrivoltaïsme fixe à 40 % la surface maximale du terrain agricole qui peut être couverte par des panneaux photovoltaïques. Le texte prévoit également que les baisses de rendement induites par les installations photovoltaïques sur les cultures ne doivent pas excéder 10 % par rapport à la moyenne du rendement.
Pour le gouvernement, ces dispositions offrent ainsi un « nouvel encadrement des possibilités d’installation de panneaux solaires dans les espaces agricoles » tout en « gardant la priorité donnée à la production alimentaire » et en « conciliant les enjeux de souveraineté alimentaire et d’autonomie énergétique ». Christian Dupraz, chercheur à l’INRAE, estime même que l’agrivoltaïsme peut participer à renforcer la souveraineté alimentaire du pays. Selon lui, « on va pouvoir à terme remplacer une partie des agrocarburants par une filière électrique qui va permettre de récupérer beaucoup d’hectares de cultures ».
En résumé, loin d’être des enjeux rivaux, souveraineté énergétique et souveraineté alimentaire peuvent parfaitement avancer de concert. Méthanisation, agrivoltaïsme ou solaire photovoltaïque sur les bâtiments offrent aux agriculteurs des sources de revenus complémentaires tout en réduisant la dépendance de la France aux énergies fossiles. Les garde-fous introduits par la loi APER — limites de surface, réversibilité, maintien d’un rendement agricole significatif — garantissent une priorité à l’assiette tout en permettant d’exploiter le formidable gisement énergétique que représentent les exploitations agricoles. Un juste équilibre au service d’un objectif clé : redonner de la souveraineté au pays et ainsi le rendre plus résilient en cas de choc externe.
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