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Dès l’année prochaine, les entreprises dont la consommation annuelle d’énergie est supérieure à 23,6 GWh auront l’obligation de mettre en place un système de management de l’énergie certifié ISO 50001. Certaines n’ont pas attendu cette échéance réglementaire pour s’y conformer. C’est notamment le cas de Rexel France. Interview.
L’obtention de la certification ISO 50001 est à la fois l’aboutissement d’un effort et une source de fierté pour les entreprises. D’autant plus qu’elle reste basée sur un engagement volontaire. Mais de quoi parle-t-on ? La norme ISO 50001 est une norme internationale qui fournit un cadre visant à améliorer son SMÉ (Système de Management de l’Énergie). Et donc à gagner en efficacité énergétique, réduire ses consommations énergétiques et favoriser des pratiques plus durables.
Reposant jusqu’à présent sur le volontariat, la certification ISO 50001 deviendra obligatoire en octobre 2027 en vertu d’une loi de transposition du droit européen (loi dite « DDADUE »). De nombreuses entreprises vont donc devoir rapidement se mettre en conformité. Elles peuvent pour cela s’inspirer de celles qui ont déjà relevé le défi. C’est le cas de Rexel France, certifiée en juin par l’organisme DNV. Le fruit de plusieurs années de travail impliquant l’immense réseau de sites de l’entreprise.
Décryptage avec Edouard Pichon, directeur administratif et financier de Rexel France, et Frédéric Pilon, directeur gestion du bâtiment qui a été chargé de coordonner la démarche de certification.
Comment Rexel s’est-elle lancée dans cette démarche de certification ?
Frédéric Pilon : À l’origine, la démarche a été initiée en pleine crise énergétique en 2022, suite à la guerre en Ukraine. Il a fallu aller très vite et nous avons réalisé que le risque, c’était de régresser et d’avoir des gains obtenus qui ne soient pas stables dans le temps. Le pilotage était déjà centralisé au sein de mes équipes, ce qui a constitué une bonne base de départ. Mais nous avions clairement un manque de structuration globale. C’est ce qui nous a amenés à lancer la logique de certification ISO, au cours de laquelle nous avons été accompagnés par le cabinet Enerkaya qui a joué un rôle d’assistant à maîtrise d’ouvrage dans la démarche et qui nous a vraiment aidés à apprendre à marcher seuls. Ils ont su être dans une critique positive et nous faire passer les bons messages au bon moment.
Édouard Pichon : Avec des centaines d’agences et de sites logistiques impliqués, le défi était loin d’être mince. L’obtention a été relativement rapide mais la préparation pour devenir certifiable a nécessité deux à trois ans de travail en amont. Et si la certification s’est conclue rapidement, c’est précisément parce que le travail préalable avait été sérieusement mené.
Pourquoi avoir choisi de viser la certification ISO 50001 avant même que cela ne devienne une obligation réglementaire ?
Edouard Pichon : Nous le voyons comme une norme de pilotage avant d’être une norme de conformité. Notre volonté, c’était de mesurer pour mieux décider c’est-à-dire piloter nos consommations pour prendre les bonnes initiatives. C’est en réalité un sujet de management transverse, au même titre que la qualité ou la sécurité. La certification ISO 50001 est aussi un levier de compétitivité. Dans certains marchés publics, les entreprises non certifiées sont désormais exclues de fait. C’est un argument commercial concret : à offre équivalente, la certification peut faire la différence. Pour les RH, c’est un outil d’attractivité pour nos collaborateurs actuels et futurs. Concernant nos clients et fournisseurs, c’est une manière d’objectiver la véracité de nos engagements et d’appliquer à nous-mêmes ce que l’on promeut auprès d’eux. Bien sûr, il y a aussi un enjeu de maîtrise des coûts. La norme nous aide à identifier les gisements d’efficacité et à nous mettre à l’abri de la volatilité des prix. Enfin, et c’est un point crucial pour Rexel, le pilotage de l’énergie via ISO 50001 nous permet d’être en alignement total avec notre stratégie d’électrification des usages. Nous sommes passés d’une consommation subie à une consommation maîtrisée. Cette cohérence rend le discours de l’entreprise beaucoup plus crédible et nous avions tout à gagner à ne pas simplement attendre pour se mettre en conformité.
Frédéric Pilon : Ce n’est pas l’échéance réglementaire qui nous a décidés mais la volonté de structurer et de maximiser notre démarche d’efficacité énergétique. Même sans obligation légale, nous l’aurions fait parce que le système de management ISO répondait exactement à notre besoin. D’un point de vue terrain, la certification s’est imposée car elle permet d’éviter les phénomènes de régression. Par expérience, j’ai vu des sites très performants dériver au fil du temps parce qu’il n’y avait plus personne pour assurer la surveillance. Il y a alors des mauvaises habitudes qui reviennent et des systèmes qui ne sont plus réglés correctement. L’avantage du système de management ISO, c’est qu’il oblige à scruter en permanence ce qui se passe. Nous avons par exemple des instances trimestrielles pour examiner nos indicateurs, ce qui rend le système robuste et sécurise donc les gains dans le temps. La certification nous donne aussi une maturité dans le management de l’énergie qui va au-delà de la simple réduction : maîtriser son profil de consommation permet d’acheter l’énergie différemment. Par exemple, depuis le 1er janvier, un quart de notre consommation est achetée au prix spot. Quand ce prix est très bas, voire négatif, et que certains usages sont décalés à ces moments-là, le coût du mégawattheure est fortement réduit. Sur un site, ça peut représenter plusieurs milliers d’euros d’économie chaque année. Mais le préalable c’est de maîtriser son profil. C’est une logique itérative.
Restons sur le terrain. Comment est-ce que la démarche de certification s’y est traduite ?
Frédéric Pilon : D’abord cela nous a permis de définir des règles communes, à travers un guide de sobriété diffusé sur tous les sites : par exemple, le réglage du chauffage à 19°C et de la climatisation à 26°C ou l’extinction obligatoire quand un site est fermé. Ensuite, nous avons procédé à l’analyse de nos sites, ce qui a permis d’identifier les 150 prioritaires à traiter c’est-à-dire les plus énergivores. L’objectif, c’était une consommation de 70 kWh/m². Or, nous avions des sites qui étaient à plus de 400 kWh/m². Ceux-là ont constitué notre priorité. Nous avons donc lancé un plan de travaux avec remplacement des systèmes de chauffage et de climatisation, mise en place de GTB et relamping LED. Au préalable, Enerkaya avait réalisé un pré-audit pour identifier ce que l’on faisait déjà, ce qui manquait et ce qui n’avait pas du tout été adressé. C’est ce qui nous a permis de savoir que nous avions déjà répondu à environ 40 % des critères ISO. Le travail des deux années suivantes, ça a donc été d’aller chercher les 60 % restants.
Édouard Pichon : L’enjeu n’était en réalité pas tant sur le comment que sur le déploiement en tant que tel. On a plus de 500 agences, des centres logistiques, plusieurs plateformes administratives. Ce qui a été très différenciant pour Rexel, c’est sa capacité unique de déploiement. C’est lié à notre culture du collectif : quand un cap est fixé, tout le monde suit le mouvement. Sur ce type de projet, c’est un véritable atout. Et c’est ce qui nous permet d’être totalement certifié bien avant la date butoir réglementaire là où d’autres acteurs ne le sont encore que partiellement.
Et comment avez-vous embarqué les équipes terrain dans cette démarche ?
Frédéric Pilon : Il fallait d’abord expliquer les objectifs et les enjeux. Chez Rexel, il y a déjà une culture de l’efficacité énergétique : comme le disait Edouard, c’est le discours commercial que l’on porte auprès de nos clients. Mais il a fallu aller plus loin en montrant des résultats concrets sur des sites pilotes. Nous avions besoin de pouvoir démontrer les effets réels sur le confort des occupants, l’accueil des clients, et sur le compte de résultat car chaque agence porte sa propre facture énergétique. Si je prends l’agence de Dunkerque par exemple, nous tablions sur une réduction de la facture énergétique de 70 %. En réalité, nous avons atteint -80 % avec un retour sur investissement obtenu en moins de 2 ans. C’est une vraie démonstration par l’exemple et ça génère forcément de l’écho. Au total, nous avons aujourd’hui environ 500 personnes clés impliquées : ils sont responsables d’agence, directeurs de pôle ou encore animateurs QSE des centres logistiques. Ce sont eux désormais qui font vraiment vivre le système au quotidien.
Édouard Pichon : Ce qui était essentiel dans cette communication, c’était aussi de bien expliquer le sens de la démarche. Il y avait un enjeu à démontrer que ce n’était pas une décision imposée par le haut mais un enjeu collectif avec des bénéfices concrets pour chacun. Pour une raison simple : si les collaborateurs ne comprennent pas le sens d’une démarche, ils n’y adhèrent pas. Demander d’éteindre la lumière le soir, de brancher son véhicule à 14 heures plutôt qu’à 8 heures ou étaler la charge des chariots en centre logistique, ce sont certes des gestes simples mais ils ne font sens que si l’impact est expliqué. Sur la rénovation énergétique, l’adhésion se fait par l’expérience. Une agence plus efficace énergétiquement, c’est, comme le disait Frédéric, une agence plus confortable. Ça améliore le quotidien, c’est quelque chose de très concret.
Au-delà de l’opérationnel, comment est-ce qu’un sujet comme la norme ISO 50001 se retrouve dans le scope d’un directeur financier ?
Edouard Pichon : Depuis la crise post-Covid et la guerre en Ukraine, la volatilité des prix de l’énergie a explosé. Avant, c’était une ligne stable sur laquelle un directeur financier ne s’attardait pas beaucoup. Ce n’est plus du tout le cas et on a réalisé qu’il y avait des optimisations significatives à faire. C’est donc un nouveau réflexe qui s’est inséré assez naturellement dans les agendas des directions financières dès que les coûts ont flambé.
Finalement, cette réduction des consommations, c’est un sujet qui touche à plein de dimensions pour une entreprise ?
Edouard Pichon : Absolument, c’est ce qui le rend protéiforme et intéressant. Il se situe au carrefour du pilotage financier, de la politique RSE, de la stratégie d’électrification et de la communication. Une précision importante : la norme ne nous dit pas de réduire nos consommations, elle nous dit de les piloter. C’est légèrement différent. Piloter amène naturellement à réduire, mais l’approche est d’abord celle de la maîtrise.
Quels sont désormais les enjeux maintenant que la certification est obtenue ?
Edouard Pichon : Nous visons l’amélioration continue, c’est d’ailleurs inhérent au principe même de la norme. Il s’agit de la maintenir, de l’améliorer, et d’en faire un sujet de plus en plus intégré dans les décisions de l’entreprise. Le vrai sujet désormais, c’est de continuer à optimiser et à piloter.
Frédéric Pilon : La consommation moyenne de nos sites a baissé de 35 % par rapport à 2021. L’objectif, c’est maintenant d’atteindre -45 % à horizon 2030, soit au-delà des exigences du décret tertiaire. Nous avons traité les sites les plus énergivores. Ceux qui restent sont plus complexes pour différentes raisons. Certains sites sont déjà assez performants et ont un ROI moins évident, d’autres nécessitent des investissements lourds. C’est aussi parfois techniquement plus compliqué. On estime qu’il y a encore une petite centaine de sites à traiter. L’idée est d’aller assez rapidement pour tenir notre objectif.