- Transition énergétique
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Le média
de l’électrification
Le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur les réseaux intelligents est sans ambiguïté : les smart grids ont déjà généré des économies et facilité l’intégration des énergies renouvelables comme des nouveaux usages. Mais pour accompagner pleinement l’électrification, leur déploiement doit s’accélérer et leur mobilisation devenir plus systématique.
Alors que la France entre dans la dernière ligne droite avant 2030, première grande échéance climatique européenne, une question s’impose : notre réseau électrique est-il prêt à absorber le choc de l’électrification massive des usages ? Dans son rapport publié en décembre dernier, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) évalue la performance des gestionnaires de réseaux et dresse un constat à la fois encourageant et exigeant.
Au cœur de cette analyse figurent les smart grids, ou réseaux intelligents. Ils désignent les technologies numériques permettant de piloter le système électrique en temps réel et d’ajuster production ou consommation.
Cette capacité d’adaptation devient essentielle dans un contexte où la transition ne dépend plus seulement de la production renouvelable, mais de la capacité du réseau à absorber simultanément une production de plus en plus décentralisée et une demande en forte croissance.
La CRE constate d’ailleurs que ces technologies sont désormais « largement déployées et utilisées de manière industrielle à tous les niveaux des réseaux d’électricité », marquant un changement d’échelle dans leur mise en œuvre et leur exploitation.
Dans le même temps, l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie accroît rapidement la demande d’électricité, souvent de manière localisée. Sans outils de pilotage avancés, le réseau devrait être renforcé massivement, au prix de délais et de coûts élevés.
Les smart grids offrent une alternative à cette logique. En s’appuyant sur la donnée et sur l’ajustement temporaire de la production ou de la consommation, ils permettent de mieux utiliser les infrastructures existantes. La CRE rappelle ainsi que « les nouvelles technologies ont un rôle majeur à jouer […] en tant que levier d’optimisation du système électrique ».
Cette logique se traduit en chiffres : en 2024, 15 parcs renouvelables ont été raccordés via des offres dites « à modulation de puissance » , contre 5 en 2023. Concrètement, ces installations acceptent de réduire temporairement leur production lorsque le réseau est saturé, évitant de lourds travaux de renforcement. Selon la CRE, ce dispositif représente environ 600 000 euros d’investissements évités par mégawatt installé.
Le même principe s’applique au stockage : un quart des projets en file d’attente, soit 2,8 GW, ont choisi des raccordements optimisés. Ces solutions libèrent de la capacité et facilitent le raccordement de nouvelles productions comme d’usages électriques en forte croissance.
Au-delà des raccordements, l’apport des réseaux intelligents se mesure aussi dans la gestion quotidienne d’un système électrique aux consommations de plus en plus variables : recharge simultanée de véhicules en soirée, fonctionnement des pompes à chaleur en période froide, pics industriels ponctuels. Sans pilotage dynamique, ces variations pourraient provoquer des congestions locales ou nécessiter des investissements lourds.
Le rapport met également en avant le développement des flexibilités. La modulation de la production renouvelable a permis d’augmenter la capacité d’accueil du réseau de 18 GW sans nouveaux travaux, soit 1,8 milliard d’euros d’investissements évités. Preuve qu’en ajustant temporairement production ou consommation, il est possible d’intégrer davantage d’usages électriques sans reconstruire massivement le réseau.
Enfin, la donnée joue également un rôle central. Le déploiement généralisé des compteurs communicants, capables de transmettre automatiquement les données de consommation, a généré 1,7 milliard d’euros d’économies entre 2017 et 2024. Ils permettent un suivi précis de la consommation, élément indispensable pour adapter les tarifs et limiter les pics.
Pour autant, le rapport ne se limite pas à souligner les avancées en matière de smart grids, il identifie aussi des marges de progression pour qu’ils soutiennent pleinement l’électrification des usages.
Un premier point d’attention concerne les offres de raccordement pour les consommateurs. Le rapport indique clairement qu’ils « ne bénéficient pas d’offres de raccordement innovantes » et que des solutions avec limitations doivent être proposées, notamment pour les infrastructures de recharge de véhicules électriques.
Deuxième axe identifié : la CRE constate que « les volumes contractualisés et activés sont encore très faibles ». Si les capacités de stockage et les mécanismes permettant de réduire temporairement la consommation progressent, leur utilisation reste encore limitée dans certaines zones.
Autrement dit, les outils existent (batteries, effacement de consommation, modulation de production) mais ils ne sont pas encore suffisamment mobilisés là où le réseau est sous tension.
Enfin, la donnée, véritable pilier des smart grids, doit encore gagner en fiabilité et en exploitation. La CRE demande donc aux gestionnaires de réseaux de continuer à veiller à la qualité des informations mises à disposition : « L’accès à des données-réseau fiables et de qualité est un prérequis nécessaire à l’optimisation des raccordements ».
La mise à disposition de jeux de données en open data et d’outils de visualisation doit ainsi permettre aux porteurs de projets de mieux anticiper leurs besoins et de planifier leurs raccordements.
À l’approche de 2030, l’enjeu ne réside donc plus dans la démonstration de l’utilité des smart grids, mais dans leur généralisation à l’ensemble du territoire. Car c’est bien la capacité du réseau à devenir pleinement intelligent qui conditionnera la réussite de l’électrification des usages – et, au-delà, celle de la transition énergétique.