Transition énergétique
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Canicule : quels effets pour l’électricité en France ?

Production, consommation, réseaux… C’est tout le système électrique qui est impacté par les fortes chaleurs. Un enjeu qui soulève la question cruciale de son adaptation à la nouvelle réalité climatique. 

Canicule : quels effets pour l’électricité en France ?

Nouvelle bouffée de chaleur hors normes sur l’Hexagone. Depuis le 17 juin, la France subit une canicule particulièrement féroce et « tout à fait comparable en sévérité avec celle d’août 2003 », selon Météo-France. Entre des températures nocturnes sans précédent et un niveau de chaleur extrême l’après-midi, l’événement en cours, nettement aggravé par le changement climatique, se classe dans le registre de l’exceptionnel. Les journées du 23 au 25 juin ont  par exemple été les plus chaudes jamais enregistrées par Météo-France qui a relevé des pointes à plus de 44°C sur le territoire. La ville de Nantes par exemple, qui n’avait pratiquement jamais expérimenté un tel niveau de chaleur, a subi une série inédite de 4 jours consécutifs avec une température maximale dépassant 40°C. 

 

Dans ce contexte, c’est tout le fonctionnement du pays qui est considérablement impacté. Mardi 23 juin, le ministère de l’Éducation nationale faisait ainsi état de 1600 établissements scolaires fermés et de 8000 autres dont les horaires ont été « adaptés ». De quoi relancer le débat sur le déficit de préparation dont ces infrastructures, souvent privées de système de climatisation, souffrent. Dans un autre registre, l’écosystème du rail est mis à rude épreuve. La SNCF a ainsi dû procéder à des suppressions de lignes, notamment des Intercités dont la climatisation est obsolète en cas de fortes chaleurs. En Île-de-France, le réseau tourne, lui, au ralenti. Une mesure préventive pour préserver les câbles électriques aériens et limiter le risque de dilatation des rails. 

 

Les incidents se multiplient sur le réseau électrique

D’autres infrastructures sont en souffrance. C’est par exemple le cas des hôpitaux dont 60 % sont considérés comme des passoires thermiques, et qui subissent par ailleurs un afflux de patients. Les fortes chaleurs mettent également sous tension le réseau d’électricité. Dans le Finistère, pas moins de 106 000 foyers étaient privés de courant mardi soir, et encore 68 000 mercredi matin, suite à l’explosion d’un transformateur RTE situé à Ergué-Gabéric, près de Quimper. « L’origine de l’incident est accidentelle et liée aux fortes chaleurs actuellement observées », a indiqué la préfecture dans un communiqué de presse.

 

Dans le Vaucluse, les câbles souterrains ont été endommagés par une surchauffe, privant 6 000 foyers d’électricité. Un problème similaire avait affecté la ville d’Aubagne (Bouches-du-Rhône) la veille. Le département des Yvelines, en Île-de-France, a également été gravement impacté avec jusqu’à 27 000 foyers durablement privés d’électricité. « Les postes ont chauffé et n’ont pas tenu. Il y a aussi les câbles sous terre qui souffrent. La terre est elle-même très chaude. Elle ne tempère plus » a confié un technicien. Pour ne rien arranger, la rupture d’alimentation électrique a impacté des usines de production d’eau potable ainsi que des stations d’épuration, poussant le préfet du département à prendre des mesures.

Ces incidents ne sont pas rares en cas de fortes chaleurs : quand le mercure dépasse 40°C en surface, la température dans certaines installations souterraines peut atteindre 80°C, mettant sous tension les 15 000 kilomètres de câbles les plus anciens du réseau. Si le chiffre paraît élevé, il ne représente toutefois qu’une fraction des 350 000 kilomètres du réseau moyenne tension, l’une des problématiques étant que ces câbles très vulnérables sont souvent concentrés autour des grandes agglomérations. Quant aux lignes aériennes, elles ne sont pas non plus épargnées par la chaleur. Avec la dilatation thermique, elles peuvent en effet s’affaisser et provoquer des courts-circuits. 

 

Une consommation plus tendue, mais sous contrôle

Au-delà des incidents locaux, la canicule exerce une pression sur l’ensemble du système électrique. Mercredi 24 juin, la consommation nationale a ainsi atteint 59 gigawatts (GW) à 14h30, selon les données de RTE. Un niveau élevé, quasi-équivalent au record estival enregistré le 1er juillet 2025 (60 GW). Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité précise que la consommation liée à la climatisation était estimée en début de semaine à un surplus de +12 GW par rapport à une journée avec des températures de saison. RTE explique également que chaque degré supplémentaire génère entre 0,7 et 1 GW de demande additionnelle. Une hausse significative mais parfaitement gérable : cela représente en effet trois fois moins que l’impact d’un degré de moins en hiver, lorsque le chauffage électrique fait exploser les besoins.

A lire aussi : Canicules de l’été 2025 : quel impact sur la production et la consommation d’électricité ? 

S’il n’y a pas péril en la demeure, RTE a néanmoins activé sa cellule de crise, adressant des alertes ciblées aux 2 500 plus grands consommateurs industriels et tertiaires du pays. Ces entités représentent en effet à elles seules 45 % de la consommation électrique nationale. Pour soulager le réseau, RTE leur a donc suggéré de déplacer leurs usages les plus énergivores en dehors de la plage la plus chaude de la journée (12h-20h).

 

Le nucléaire aussi souffre de la chaleur

Moins visible que les coupures locales, la contrainte qui pèse sur la production nucléaire représente aussi un enjeu. Le réacteur n°2 de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) a été mis à l’arrêt dans la nuit du lundi 22 au mardi 23 juin par anticipation d’une montée de la température de la Garonne au-delà des 28°C. Or, cette température correspond au seuil réglementaire que la centrale ne peut dépasser sous peine de réchauffer excessivement le fleuve et de nuire à la biodiversité. EDF a également procédé à des réductions de puissance du réacteur n°2 de la centrale de Nogent-sur-Seine et du réacteur n°3 du Bugey situé en bordure du Rhône. 

Une problématique qui n’est là encore pas une nouveauté lors des périodes caniculaires. En 2022, EDF avait même dû demander des dérogations pour permettre à certaines centrales de fonctionner en rejetant des eaux plus chaudes que la norme prévue. Pour répondre à cette problématique, EDF prévoit plus de 8 milliards d’euros d’investissements sur les 15 prochaines années pour adapter ses installations au réchauffement climatique, notamment en développant des systèmes de refroidissement de l’eau rejetée dans les fleuves.

 

Le paradoxe solaire

On aurait pu penser que les 29 000 MW de capacité photovoltaïque installés en France allaient compenser ces pertes. Soleil intense, ciel dégagé, journées de 16 heures : les conditions semblent idéales pour obtenir une production maximale. La réalité physique est toutefois plus subtile. Un panneau solaire produit de l’électricité grâce à la lumière, et non à la chaleur. Au-delà de 25°C de température de cellule, chaque degré supplémentaire entraîne une perte de rendement de 0,3 à 0,4 %. En pleine canicule, la surface d’un module peut atteindre 60°C voire plus, ce qui correspond à une perte instantanée de 10 à 20 % de production. Concrètement, cela signifie donc qu’une belle journée de saison en mai peut produire autant d’énergie solaire qu’une journée caniculaire en été.

 

L’adaptation du réseau au changement climatique : un chantier colossal 

L’épisode actuel met en lumière une réalité que les experts du secteur soulignent depuis des années : le réseau électrique français n’a pas été conçu pour des étés à 40°C, et son adaptation au réchauffement climatique constitue désormais un chantier de première importance.

Du côté du réseau de transport, RTE a formalisé cette ambition dans son Schéma décennal de développement du réseau 2025, qui prévoit un investissement prioritaire de 24 milliards d’euros sur 15 ans. L’objectif : renouveler 23 500 km de lignes et 85 000 pylônes d’ici à 2040, en profitant du remplacement d’ouvrages vieux de 70 à 100 ans pour les adapter aux nouvelles contraintes climatiques. La cible est que 80 % des infrastructures soient considérées comme résilientes aux épisodes extrêmes en 2040

Pour Enedis, gestionnaire du réseau de distribution qui est en première ligne lors des canicules, l’enjeu est encore plus concret. L’entreprise consacre près de 25 % de son plan d’investissement de 96 milliards d’euros échelonné entre 2022 et 2040 à l’adaptation aux aléas climatiques, soit environ 1,2 milliard d’euros par an. La priorité absolue : remplacer les milliers de kilomètres de câbles en papier imprégné, installés dans les années 1970 et particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs, par des câbles synthétiques. L’isolation renforcée de ces derniers réduirait à « un niveau quasi nul les risques liés à la chaleur », selon Nicolas Perrin, directeur régional d’Enedis à Paris. Un programme qui représente à lui seul plus de 5 milliards d’euros d’investissement en 20 ans, avec l’objectif d’avoir remplacé 85 % de ces vieux câbles d’ici à 2040.

Ces chiffres donnent la mesure du défi. À l’heure où la France s’engage dans un grand plan pour sortir de sa dépendance aux énergies fossiles, la canicule de juin 2026 vient rappeler avec force que l’électrification ne peut se faire qu’en parallèle de la modernisation et de l’adaptation de tout le système électrique. Car cette canicule n’est pas un accident, c’est un avant-goût de nos étés à venir et un puissant révélateur d’un chantier colossal à l’échelle nationale : adapter tout un pays pour le rendre apte à supporter des séquences caniculaires extrêmes avec des pics de température qui, dans un avenir proche, atteindront 50°C.

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