Transition énergétique
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Climat : la COP31 sera placée sous le signe de l’électrification

Hôte de la prochaine COP qui se tiendra en novembre prochain, la Turquie annonce que l’électrification sera placée au cœur de sa feuille de route. Avec le soutien de l’Australie, qui présidera les négociations, elle entend porter un nouvel objectif visant à augmenter très rapidement la part de l’électricité dans la consommation mondiale d’énergie. 

Climat : la COP31 sera placée sous le signe de l’électrification

Le contexte géopolitique actuel, responsable d’un choc pétrolier qui dure depuis maintenant plusieurs semaines, a remis l’électrification sur le devant de la scène internationale. En France, cela s’est traduit notamment par la mise en place d’un plan ad hoc destiné à accélérer l’effort pour sortir l’économie française de sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz. De son côté, la Commission européenne a récemment présenté son plan AccelerateEU, qui vise notamment à encourager l’électrification du Vieux continent. 

 

Mais depuis le début de la guerre en Iran et de la flambée des prix des carburants, l’électrification a été quasi-exclusivement présentée comme une réponse à un enjeu de souveraineté. La substitution des énergies fossiles par de l’électricité décarbonée couvre pourtant d’autres problématiques essentielles, à commencer par l’urgence climatique. Sortir rapidement des énergies carbonées permet en effet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et de limiter le changement climatique. C’est même l’outil le plus puissant à mobiliser pour éviter que la température mondiale ne se réchauffe de +2,5°C à +3°C – ce qui est la trajectoire actuelle – d’ici la fin du siècle. 

 

Après le fiasco de Belem, une COP31 attendue au tournant 

Les enjeux de souveraineté sont eux-mêmes intrinsèquement liés à l’évolution du climat. De quelle souveraineté parlerait-on par exemple dans une France qui se serait réchauffée de +4°C en 2100 (l’Europe se réchauffant plus vite que le reste du monde, ndlr) ? Une projection à mettre en regard avec la myriade de conséquences d’ores et déjà provoquées par le changement climatique alors que le réchauffement mondial est encore légèrement inférieur à +1,5°C. Dans ce contexte, la dynamique créée en faveur de l’électrification ces derniers mois représente une réelle occasion de remettre à l’agenda les objectifs climatiques, notamment la référence mondiale que reste l’Accord de Paris

 

Une opportunité qui a été ces jours-ci au cœur des discussions à Bonn (Allemagne), où se tiennent les négociations en vue de préparer la COP31 qui se tiendra du 9 au 20 novembre prochain à Antalya en Turquie. Après une COP30 à Belem (Brésil) jugée très décevante et une situation géopolitique bouleversée depuis l’année dernière, le grand rendez-vous annuel de la diplomatie climatique devrait être particulièrement scruté. Une pression sur les épaules de la Turquie, appuyée par l’Australie qui est en charge de mener les négociations, car les pays hôtes de la COP cherchent toujours à ce que l’édition soit considérée au mieux comme un succès, a minima comme une avancée. Le plus grand coup d’éclat remontant désormais à 2015 et à la fameuse COP21, lieu de signature de l’Accord de Paris. 

 

Un nouvel objectif mondial d’électrification sur la table

La présidence turque de la COP31 et son partenaire australien ont donc décidé de se saisir du contexte actuel en annonçant que l’électrification sera au cœur des discussions du sommet onusien à Antalya. Le 9 juin dernier, Murut Kurum, ministre truc de l’Environnement et président de la COP31, a ainsi annoncé qu’un objectif mondial visant à électrifier 35 % de la consommation mondiale d’énergie d’ici à 2035 sera proposé aux pays participants sur la base d’un engagement volontaire. Ambitieuse, cette cible suppose une nette accélération puisque la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie est aujourd’hui autour de 20 %. 

 

« En électrifiant notre quotidien, des transports aux bâtiments en passant par l’industrie, nous pouvons protéger les familles et les entreprises des fluctuations des marchés de l’énergie. Cet objectif de 35 % d’ici 2035 sera l’une des priorités majeures de notre présidence de la COP31 »  a déclaré M. Kurum. « Accélérer la transition énergétique permettra d’atténuer les chocs sur nos systèmes énergétiques, de mieux protéger nos économies et nos ménages contre les coûts élevés et de contribuer à poursuivre la réduction des émissions. C’est pourquoi l’électrification de l’économie mondiale est l’une de nos priorités concrètes pour la COP31 : c’est le moyen le plus rapide de renforcer la sécurité énergétique, de réduire les émissions et de faire baisser les coûts » a complété Chris Bowen, ministre australien du Changement climatique et de l’Energie et président des négociations pour la COP31

 

L’Agence internationale de l’énergie en soutien 

Il est à noter que l’objectif proposé par la Turquie a été établi sur la base d’un rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) publié en mai dernier. Selon ce document, l’électricité doit représenter 35 % de la consommation finale d’énergie dans le monde d’ici 2035 pour rester sur une trajectoire compatible avec l’objectif de l’Accord de Paris. L’Irena estime qu’il faudrait ensuite franchir la barre des 50 % avant 2050, ce qui nécessite d’augmenter très fortement la part des énergies renouvelables dans la production mondiale d’électricité et d’investir massivement dans les réseaux et la flexibilité. 

 

L’objectif de 35 % en 2035 est également soutenu par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a produit un rapport spécial en appui de la présidence de la COP, et par l’Agence mondiale des énergies renouvelables. La proposition portée par la Turquie s’inscrit clairement dans la continuité des engagements entérinés lors des précédentes COP, notamment le triplement de la capacité de production d’énergies renouvelables lors de la COP28 en 2023 et la promesse d’investissements dans le stockage de l’énergie et la modernisation des réseaux électriques faite lors de la COP29 à Bakou (Azerbaïdjan). 

 

La France compte aborder la COP avec fermeté 

Quelle que soit l’issue de cette prochaine COP, la France entend y porter un regard exigeant. Lors d’une récente audition parlementaire, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique en charge des négociations internationales sur le climat, a ainsi assuré que « la sortie des énergies fossiles doit rester notre priorité ». Elle a également fustigé « la perte d’élan » constatée l’an dernier lors de la COP30 à Belem et le sabotage opéré par les pays pétroliers. La ministre estime qu’il est aussi urgent que l’Europe sorte « de sa naïveté »  et se montre en capacité « de refuser un mauvais accord ». Preuve que malgré des projets d’accord enthousiasmants, la partie est loin d’être gagnée pour le climat. 

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