- Transition énergétique
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Le média
de l’électrification
En France et en Europe, la transition énergétique place l’électricité au cœur des enjeux de demain. En 2026, le réseau électrique doit répondre à de nouveaux défis : climatiques, géopolitiques et technologiques. Cinq grands enjeux sont à anticiper pour garantir la stabilité et la résilience du système électrique. Décryptage des risques… et des solutions déjà en marche.
Dans son Future Risks Report 2025, AXA a interrogé 23 000 citoyens et 3 600 experts dans 57 pays pour classer les principaux risques mondiaux à dix ans. Le podium comprend le changement climatique, l’instabilité géopolitique et la cybersécurité… Trois menaces qui pèsent directement sur les réseaux électriques et numériques.
Premier risque mondial pour la 8ᵉ année consécutive, le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais un multiplicateur de risques systémiques pour l’électricité. En France par exemple, la multiplication des vagues de chaleur extrêmes observées ces dernières années a révélé des vulnérabilités critiques, mais aussi l’urgence d’accélérer les investissements pour adapter les infrastructures.
Deuxième risque identifié par les experts interrogés par AXA : la géopolitique. L’énergie s’est militarisée depuis 2022. L’Europe, dépendante à 97 % pour ses terres rares, et à près de 60% pour sa consommation d’énergie, est en première ligne :
Gaz : En UE, la dépendance au gaz russe est passée de 40 % à 15 % en 2023. Mais l’écart entre les pays restent important. L’Europe a notamment augmenté ses importations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), en provenance notamment des Etats-Unis, de l’Azerbaïdjan ou du Qatar, créant une dépendance énergétique vers de nouveaux pays. La solution reste de diversifier les sources d’approvisionnement, notamment en passant au tout électrique.
Pétrole : Les États-Unis, 1ᵉʳ producteur mondial de pétrole, utilisent l’or noir comme levier géopolitique. L’actualité au Venezuela intensifie ainsi les risques d’instabilité des prix pour les Européens selon Matthieu Auzanneau, directeur du think tank The Shift Project. Pour lui, la souveraineté de la France passe par la décarbonation massive de son parc automobile.
Terres rares : La Chine contrôle 90 % de la production mondiale de terres rares et notamment 94 % de la production des aimants permanents, pièces maîtresses des éoliennes, véhicules électriques, missiles et radars. En octobre dernier, la restriction des exportations imposée par le Géant asiatique avait causé un tsunami diplomatique. Economie circulaire, approvisionnement d’un stock de matériaux essentiels et diversification des sources d’approvisionnement sont les différents scénarios du plan RESourceEU de la commission européenne, pour réduire l’extrême dépendance à Pékin. L’Empire du milieu domine également de manière écrasante la production de panneaux photovoltaïques et de batteries.
Troisième risque mondial, les risques cyber dominent les classements des experts depuis 2018. En 2026, ces risques sont exacerbés par l’IA générative (deepfakes, usurpation d’identité, vol de données, désinformation). « Une méconnaissance généralisée aggrave la vulnérabilité » selon les experts.
Arnaud Tanguy, directeur de la sécurité du Groupe AXA estime que « les infrastructures énergétiques sont devenues des cibles prioritaires ». Il conseille donc « une meilleure sensibilisation des pouvoirs publics, des entreprises et des populations ». Dans notre article, Xavier Duthillieux, directeur commercial de Conectis by Rexel, démontre que l’utilisation de micro datacenters de proximité est essentielle au déploiement « de services de sécurité adaptés au contexte géopolitique mondial comme la mise en place de caméras et d’outils applicatifs qui limitent l’accès aux seules personnes identifiées et autorisées ».
Andy Yen, PDG et cofondateur de la messagerie cryptée suisse Proton, estime que la localisation de ces serveurs sur le sol européen est d’une importance capitale pour faire respecter la législation européenne et préserver notre « souveraineté européenne ».
4ème risque majeur de 2026 selon les experts d’AXA, l’intelligence artificielle pourrait « quadrupler la consommation électrique des datacenters français d’ici 2035 », selon l’Ademe. Or deux tiers de cette hausse se feraient à l’étranger, dans des pays au mix énergétique plus polluant, aggravant l’empreinte carbone du numérique.
Les micro data centers émergent comme une alternative crédible aux infrastructures géantes, avec « 20 à 40 % d’économies d’énergie » selon une étude Rexel Énergie citée par Xavier Duthillieux. « L’avenir réside dans la complémentarité » estime-t-il, combinant méga data centers pour les besoins massifs et micro-sites pour la proximité et la sobriété.
Avec un mix électrique décarboné à hauteur de 92 %, la France a un avantage majeur pour héberger ces infrastructures. « Traiter les données localement évite d’importer une électricité souvent plus polluante » souligne RTE. Une stratégie alignée sur les objectifs de souveraineté numérique.
En matière de sobriété énergétique, l’innovation fait aussi partie des solutions porteuses d’espoir. À Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, AtriumData déploie actuellement Data17, un serveur nouvelle génération au système de refroidissement aéraulique « 94 % moins impactant qu’une climatisation traditionnelle ». Dans l’Essonne, un projet pilote associe Data4 et des chercheurs affiliés à l’Université Paris-Saclay pour développer un système de refroidissement par algues consommatrices de CO2.
Cinquième risque identifié par l’étude AXA : « 72 % du grand public craint une crise sociale » et cette crise hypothétique peut fortement être liée à l’énergie, comme le souligne Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine. Il insiste : « les chocs énergétiques transforment les inégalités en crises sociales (…) la flambée des carburants en 2018 (gilets jaunes) ou en 2022 (guerre en Ukraine) l’a prouvé ».
La transition vers les voitures électriques semble toute trouvée. La France dispose d’un atout majeur : « une production d’électricité bas-carbone abondante », souligne RTE. « Le pays est dans une situation très favorable pour s’électrifier », avec « un mix nucléaire-renouvelables développant au rythme nécessaire » pour atteindre les objectifs climatiques. « L’électrification rapide des transports permettrait de réduire de 50 % les importations d’hydrocarbures d’ici 2035 », tout en « améliorant la balance commerciale et la souveraineté ».
En clair, la France a les moyens d’assurer la sécurité énergétique à toute la population et de s’adapter à l’évolution des usages, que ce soit pour le transport, l’industrie ou l’utilisation des données. Et d’éviter ainsi les crises tant redoutées.
En résumé, les prochaines années devraient voir s’affirmer cinq tendances structurantes pour l’énergie et le numérique : l’adaptation au changement climatique, la gestion des tensions géopolitiques, la protection des infrastructures critiques, la maîtrise de la demande électrique croissante et l’équité d’accès aux ressources.
La France aborde ces défis avec des atouts significatifs : un mix électrique déjà largement décarboné, un réseau en cours de modernisation et une expertise reconnue dans le nucléaire et les énergies renouvelables. Le chemin pour y faire face s’annonce toutefois semé d’embûches. Le pays devra notamment composer avec ses vulnérabilités : celle du changement climatique qui fait peser une menace structurelle sur les infrastructures et le risque cyber dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Des tensions et un risque cyber entretenus principalement par des pays hostiles aux intérêts français.