Transition énergétique

PPE3 : la France se dote (enfin) d’un nouveau plan énergétique

Le gouvernement vient de publier la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3), qui trace le cap énergétique du pays jusqu’en 2035. Un pas en avant très attendu qui permet au secteur de retrouver de la visibilité et de s’emparer d’annonces globalement jugées rassurantes. 

PPE3

PPE3 : la France se dote (enfin) d’un nouveau plan énergétique

Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient de mettre fin à une longue attente. Après trois années de retard et d’innombrables reports, le gouvernement français a publié la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie, dite PPE (pour tout comprendre à la PPE, découvrez notre article dédié), par un décret paru le 13 février dernier au Journal Officiel. Véritable feuille de route énergétique, ce plan fixe les grandes orientations à suivre en la matière pour les dix années à venir (2026-2035). Mais que contient-il exactement ? 

 

D’abord, le gouvernement acte que « le modèle énergétique actuel atteint ses limites avec des énergies fossiles qui représentent encore près de 60 % de (notre) consommation finale d’énergie ». Une proportion incompatible avec les objectifs climatiques de la France et de réduction de ses dépendances énergétiques. Le cap fixé consiste à abaisser ce taux à 40 % en 2030. Soit une courte fenêtre de 4 ans pour mener une vaste entreprise de décarbonation. À échéance 2035, l’objectif est de le faire passer sous la barre des 30 %, soit une réduction par deux par rapport à aujourd’hui. Le but à terme étant que plus aucune énergie ne provienne des fossiles en 2050. 

 

Le rôle clé des pompes à chaleur

 

À cette échéance, l’électricité est appelée à devenir majoritaire au sein du mix énergétique français. D’ici 2035, sa part doit passer de 27 % à 38 %. À côté de cela, une nette accélération est prévue concernant les énergies renouvelables (EnR) hors électricité (solaire thermique, biomasse, géothermie, PAC), dont la place au sein du mix doit passer de 15 % à 32 %. Pour la production de chaleur renouvelable et de récupération, l’objectif est de passer de 172 TWh en 2023 à une fourchette comprise entre 328 et 421 TWh en 2035. « Cette augmentation de la consommation de chaleur renouvelable repose sur le développement de l’ensemble des filières de production de chaleur renouvelable, ainsi que sur un recours accru à la récupération de chaleur fatale » est-il écrit dans le document. 

 

Dans le détail, pour les pompes à chaleur (PAC) hors géothermie, l’ambition est d’atteindre 106 à 127 TWh de production d’ici 10 ans (contre 50 TWh en 2023). La PPE réaffirme par ailleurs la nécessité d’un « soutien public au développement de la filière »  via le plan Pompe à chaleur et l’objectif de produire sur le territoire et d’installer 1 million de PAC françaises d’ici à la fin de l’année 2027. Parmi les autres filières bas carbone non électriques, le biométhane (gaz vert produit à partir de déchets organiques dans des méthaniseurs) doit passer d’une production de 9 TWh aujourd’hui à une fourchette comprise entre 47 et 82 TWh en 2035. Du côté des biocarburants, le cap est à un doublement de la production : de 38 TWh à 70-90 TWh. 

 

Soutien maintenu aux renouvelables, la filière soulagée 

 

La sortie progressive des énergies fossiles implique d’anticiper la poursuite d’une politique volontariste de décarbonation, d’électrification des usages et de développement des moyens de production d’électricité décarbonée. La production d’électricité est un aspect phare de la PPE qui prévoit que celle-ci passe de 544 TWh à une fourchette comprise entre 650 et 693 TWh en 2035. D’ici à cette échéance, la poursuite du déploiement rapide des énergies renouvelables apparaît être incontournable. La PPE acte ainsi que l’éolien terrestre et le photovoltaïque sont les seuls moyens de « contribuer significativement à l’augmentation des capacités de production d’électricité décarbonée » d’ici 10 ans. 

 

L’opposition d’une frange de la classe politique à ces moyens de production, en particulier l’éolien et le solaire, rendait toutefois l’arbitrage du gouvernement incertain. De même, l’alerte sonnée en décembre par RTE sur le retard de l’électrification et la surcapacité actuelle de production électrique est rentrée en ligne de compte. En matière de renouvelables « électriques », le gouvernement a donc finalement préféré le coup de frein au coup d’arrêt, réaffirmant un soutien désormais plus mesuré à la filière. Les objectifs de déploiement ont ainsi été revus à la baisse par rapport à ce qui était envisagé dans le projet de PPE

 

  • Concernant l’éolien en mer, l’objectif-cible reste à « l’accélération » malgré un léger décalage dans le temps liés à des retards dans le déploiement actuel. Sont ainsi prévues 15GW de capacité installée en 2035 puis 18GW en 2037. La feuille de route générale vise à atteindre au moins 45GW en service en 2050. 

 

  • La place du solaire photovoltaïque est appelée à rester centrale mais le rythme de déploiement devra ralentir en vertu d’une évolution désormais voulue comme « raisonnée ». L’objectif retenu est de passer de 30GW de capacités installées actuellement à 48GW en 2030 puis 55 à 80GW en 2035. La PPE3 précise que 41 % de cette puissance devra être installée sur des petites et moyennes toitures, un choix stratégique qui favorise l’autoconsommation au détriment des grandes centrales au sol. Avec déjà 850 000 autoconsommateurs connectés au réseau Enedis (sur 1,2 million de sites renouvelables), le gouvernement souhaite poursuivre cette dynamique et développer l’autoconsommation collective pour créer des boucles énergétiques locales.

 

  • Devenu un dossier politiquement sensible, l’éolien terrestre échappe  à un moratoire mais devra aussi suivre une trajectoire moins-disante. De 24GW en 2025, la capacité installée doit passer à 31GW en 2030 puis 35 à 40GW en 2035. Surtout, le gouvernement entend désormais privilégier l’optimisation via la remotorisation et le renouvellement des parcs existants au détriment de l’implantation de nouveaux parcs dans un objectif de « réduction de l’impact paysager ». 

 

Du côté de la filière, qui craignait des reculs plus francs, l’heure est au soulagement. Le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) salue ainsi la publication de la PPE3 comme une « avancée majeure »  et appelle à « relancer très vite les appels d’offres renouvelables à l’arrêt depuis plusieurs mois ». Le SER regrette néanmoins la réduction de l’ambition pour l’éolien terrestre. « L’accent est mis sur le renouvellement des parcs existants, ce qui ne sera pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés »  prévient le syndicat. « Alors que certains souhaitaient mettre en France la transition énergétique sur pause, au profit des énergies fossiles dont nous restons encore trop dépendants, cette publication permettra de poursuivre le développement des énergies renouvelables qui reste absolument nécessaire »  se réjouit toutefois Jules Nyssen, président du SER. 

 

Relance du nucléaire 

 

Appelées à poursuivre leur montée en puissance à un rythme plus lent, les énergies renouvelables resteront le complément d’une base très largement nucléaire dans le mix électrique français. Dans un virage à 180° degrés par rapport à la précédente PPE, qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires entre 2020 et 2035, la nouvelle feuille de route acte la relance de l’atome mise en chantier par le discours de Belfort d’Emmanuel Macron en 2022. La construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2 sur les sites de Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain) est ainsi confirmée. Théoriquement, ceux-ci devraient entrer en service à partir des années 2040. La PPE précise également que « l’État approfondira l’étude d’un renforcement du programme électronucléaire » via la construction de huit EPR2 supplémentaires dont les chantiers démarreraient « au plus tard en 2030 ».  

 

Contrairement à la PPE2, il n’est donc plus question d’arrêter des réacteurs à court et moyen terme. Le document prévoit au contraire de renforcer la puissance du parc existant afin d’augmenter la production (un objectif de productible nucléaire dépassant 420 TWh d’ici à 2030 a été fixé à EDF). La prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de 60 ans « voire au-delà »  est aussi actée sous réserve « que toutes les exigences de sûreté applicables »  soient applicables, avec une réflexion sur l’adaptation de ces réacteurs au changement climatique. Le développement des petits réacteurs modulaires (SMR) sera par ailleurs soutenu avec l’objectif de lancement « d’au moins un prototype de petit réacteur innovant à l’horizon du début de la décennie 2030 ». 

 

Un plan détaillé d’électrification avant l’été 

 

Au-delà des objectifs fixés aux différentes filières, la PPE3 prévoit aussi l’élaboration d’un « plan de passage à l’échelle des flexibilités de la consommation »  afin de renforcer les incitations économiques au pilotage et au positionnement de la consommation. Un plan qui doit notamment comporter « des incitations économiques ou des obligations réglementaires pour le pilotage de nouveaux équipements, en particulier pour les chauffe-eaux, les bornes de recharge ou les systèmes de chauffage ou de climatisation ». 

 

Lors de la présentation à la presse de la nouvelle PPE, Roland Lescure, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, a résumé ainsi la vision gouvernementale : « Quelle est notre stratégie ? D’un côté, augmenter l’offre d’électricité. De l’autre, privilégier la hausse de la demande. On ne peut pas attendre que la demande ait augmenté pour augmenter l’offre, et on ne peut pas non plus augmenter l’offre seule en rêvant que la demande la rejoigne. Il faut faire les deux. (…) Je résume : il faut produire plus, électrifier plus pour consommer plus ». Un plaidoyer fort pour l’électrification qui s’est traduit par l’annonce d’un plan détaillé d’électrification qui se traduira par la mise en place de groupes de travail au printemps avant d’être officiellement présenté avant l’été.

 

Ce plan d’électrification s’articulera autour de quatre chantiers, a précisé Monique Barbut, ministre de la Transition écologique : 

 

  • l’industrie
  • le numérique
  • les bâtiments
  • les transports 

 

La ministre a ainsi indiqué vouloir aller « plus loin avec les pompes à chaleur (PAC) » et en faire « le moyen de chauffage le moins cher pour l’ensemble des Français ». Dès cette année, un objectif de 300 000 installations de PAC est annoncé, contre 180 000 en 2025. Pour cela, le soutien aux ménages souhaitant s’équiper devrait être renforcé. Du côté des transports, le gouvernement souhaite qu’une voiture achetée sur trois en 2026 soit électrique. Le soutien à l’électrification des procédés industriels est également à l’agenda, alors que le gouvernement vient tout juste d’annoncer un investissement conséquent de 1,6 milliard d’euros d’aides pour électrifier 7 grands sites industriels dans le cadre du plan France 2030.

 

Si la PPE3 fixe enfin un cadre clair après des années d’attente, le plus dur reste à faire. Les objectifs sont ambitieux et la France doit maintenant démontrer sa capacité à transformer ces intentions en réalisations concrètes. Le plan d’électrification détaillé attendu pour l’été sera le premier test de cette volonté politique de pallier aux retards pris ces dernières années en matière de décarbonation.

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