- Transition énergétique
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de l’électrification
La succession de vagues de chaleur en France a fait progresser la demande d’électricité, tout en réduisant la disponibilité de plusieurs moyens de production. Si le nucléaire, l’hydraulique et l’éolien ont souffert, l’énergie solaire a en revanche joué le rôle d’amortisseur.
Préfiguration de la réalité climatique de demain, l’été 2026 aura constitué un test grandeur nature pour le système électrique français. Entre maintien de très fortes chaleurs durant des semaines, absence de vent et sécheresse historique, jamais celui-ci n’aura été mis autant à rude épreuve à cette période de l’année. Quel bilan peut-on en faire ?
Du côté de la consommation, le recours accru à la climatisation durant les périodes de canicule a sans surprise tiré la demande en électricité vers le haut. Habituellement peu sollicité en été, le réseau a dû fournir plus qu’à l’accoutumée, en particulier lors des journées les plus chaudes où le différentiel a pu atteindre très ponctuellement « près d’un quart d’électricité consommée en plus ». Rien d’ingérable toutefois. Les pointes de consommation enregistrées durant les vagues de chaleur sont sans commune mesure avec celles que RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, est habitué à gérer en hiver. A titre d’exemple, lors de la canicule de juin – qui a été la plus intense de l’été et qui s’est déroulée hors période de vacances scolaires -, RTE avait enregistré une pointe de consommation à 60 GW contre 90 GW en moyenne en hiver.
Les fortes chaleurs de l’été 2026 devraient en réalité surtout avoir une conséquence de plus long terme sur la demande avec une hausse prévisible de l’équipement en climatisation dans la perspective du prochain été. Cet accroissement de la demande devrait être un peu plus substantiel que celui enregistré ces dernières semaines, qui s’est essentiellement fait dans l’urgence. Dans son bilan semestriel, publié à la mi-juillet, RTE note que « selon la fréquence d’apparition et la durée (des épisodes de canicules), une accélération de l’équipement en climatisation pourrait contribuer à une augmentation supplémentaire de la pointe par rapport aux niveaux anticipés, avec un impact estimé de l’ordre de +0,75 GW en cas d’installation d’un million de climatiseurs mobiles supplémentaires par rapport aux rythmes d’équipement actuels ».
Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité souligne également que « l’impact de la climatisation et de la ventilation sur la consommation électrique devient significatif lorsque la température extérieure dépasse 25°C. L’ordre de grandeur du gradient estival est aujourd’hui estimé entre +0,7 GW et + 1,1 GW pour chaque degré supplémentaire ». Là encore, il s’agit de valeurs qui restent incomparables avec le gradient estimé pour les besoins de chauffage en période hivernale : de +2 à +2,4 GW pour chaque degré en moins.
Sans grande surprise, c’est dans le Sud-Est, près du pourtour méditerranéen, que le taux d’équipement des logements est le plus élevé. Dans les Pyrénées-Orientales et le Gard, il est proche de 70 %. Il est également supérieur à 60 % dans le Var, le Vaucluse et l’Hérault.
Une donnée peu surprenante alors que ces départements sont habitués de longue date à connaître des chaleurs durables en été.
Le taux d’équipement est également de plus en plus conséquent dans le Sud-Ouest, très exposé aux bouffées de chaleur extrême qui remontent d’Espagne. Le taux d’équipement atteint ainsi 30 à 45 % en Gironde, dans les Landes ou en Haute-Garonne.
Plus au nord, il reste assez faible en Île-de-France et est inférieur à 15 % à Paris et en petite couronne, dans le Val d’Oise et dans les Yvelines. Enfin, la Bretagne est la région la moins équipée. À peine 3 % des logements sont climatisés dans les Côtes d’Armor et 4 % dans le Finistère.
Source : Étude Hellowatt – Juin 2026
Les fortes chaleurs n’ont donc représenté aucune difficulté particulière du point de vue de la consommation. Concernant les moyens de production, la situation a été plus délicate. Le nucléaire en particulier a été contraint de tourner au ralenti. « Ces dernières semaines, jusqu’à 45 % des 63 GW de puissance installée – la capacité de production maximale – du parc français étaient dans l’incapacité de produire de l’électricité » notait ainsi le journal Le Monde le 20 août dernier. Dans le détail, ce sont en particulier les centrales situées au bord de cours d’eau qui ont été affectées. Pour fonctionner, celles-ci pompent l’eau des fleuves pour se refroidir avant de la rejeter, forcément réchauffée (à moins que la centrale ne possède des tours aéroréfrigérantes). Mais lorsque la température de l’eau devient trop élevée ou que le débit du fleuve est trop faible, la réglementation impose de réduire la puissance du réacteur concerné ou d’interrompre la production.
Dans le Tarn-et-Garonne, l’unique réacteur en fonctionnement de la centrale de Golfech a ainsi subi plusieurs arrêts au cours de l’été en raison de la température de la Garonne (le seuil réglementaire est fixé à 28°C). Dans les Ardennes, c’est la sécheresse qui a causé la mise à l’arrêt de la centrale de Chooz en raison du débit trop faible de la Meuse. Située en bordure de la mer du Nord, la centrale de Gravelines a connu une autre forme d’empêchement liée au contexte climatique. À plusieurs reprises, la centrale a été victime d’infiltrations massives de méduses – dont la prolifération est favorisée par le réchauffement de la mer – au niveau du système de filtration de l’eau de mer qui alimente les installations de refroidissement. Une situation qui a contraint l’un des réacteurs à rester déconnecté du réseau durant trois semaines.
L’ensemble de ces éléments (température de l’eau trop élevée, débit trop faible, invasion de méduses) fait partie de ce que l’on appelle « les contraintes environnementales ». Selon Le Monde, plus de 14 % de la puissance nucléaire installée était indisponible en août en raison de ces contraintes, ce qui correspond à un record depuis qu’EDF publie ce type de données. Le 16 août, c’est même 20 % de la puissance installée qui était hors service pour ces raisons. Un impact loin d’être négligeable mais d’une gravité infiniment moindre par rapport à la situation qu’a connu la Roumanie. En raison du débit historiquement bas du Danube, le pays a été contraint de fermer ses deux réacteurs nucléaires, se privant d’un cinquième de sa production électrique. Durant tout le mois d’août, le pays avait été déclaré en état d’urgence énergétique.
Si le nucléaire a failli, l’énergie hydraulique a été pénalisée par la sécheresse. À l’échelle européenne, le groupe de réflexion en énergie Ember estime que la production hydraulique de juillet a atteint son niveau le plus faible depuis au moins dix ans. Faute de vent, les éoliennes ont, elles, tourné au ralenti. Un tableau d’ensemble qui a contribué à une remontée des prix de gros et à une baisse des exportations françaises d’électricité. Une bonne nouvelle toutefois : la production d’électricité solaire photovoltaïque a surperformé cet été. Durant les jours de fortes chaleurs, la production a augmenté de +17 % en France en juin et juillet, aidant à répondre à la hausse de la demande en électricité. « La hausse de la production d’électricité solaire a contribué à stabiliser le réseau à un moment où les autres sources d’énergie avaient du mal à fonctionner normalement », observe Chris Rosslowe, analyste chez Ember. Néanmoins, au coucher du soleil, en raison d’une demande importante, le réseau est devenu plus dépendant des centrales en gaz, dont la part dans le mix énergétique du pays a augmenté lors des canicules.
Les températures extrêmes ont également affecté le réseau de distribution. Le 23 juin, un incident majeur sur un transformateur a ainsi privé jusqu’à 119 000 foyers dans le Finistère. Le 24 juin, Enedis recensait jusqu’à 22 000 foyers privés d’électricité en Gironde, en Loire-Atlantique ou encore dans le Val d’Oise en raison des coupures de courant. À Avignon, ce sont plus de 5 000 foyers qui ont été concernés au plus fort d’une panne le 15 août. Il faut dire qu’en région PACA, des coupures d’électricité en série ont affecté la région durant tout l’été, comme à Vitrolles le 19 août (5 600 foyers privés de courant). À Paris, certaines rues ont également été affectées à plusieurs reprises.
Des incidents qui s’expliquent par la surchauffe des câbles enterrés qui peuvent subir une température atteignant jusqu’à 80°C en sous-sol, des jonctions et des transformateurs, qui fonctionnent dans des conditions plus difficiles lorsque les nuits restent chaudes et que les équipements ne peuvent plus suffisamment refroidir. C’est en particulier le matériel ancien qui présente d’importantes vulnérabilités, notamment le réseau enterré dans les grandes villes. Les incendies ont également pu ajouter une contrainte opérationnelle. En Gironde et dans les Landes, RTE a ainsi mis certaines lignes et certains postes hors tension à la demande des sapeurs-pompiers afin de sécuriser leurs interventions.
La problématique d’obsolescence mise à nu lors de chaque épisode caniculaire est en tout cas prise au sérieux par RTE et Enedis, qui gèrent le transport et la distribution d’électricité dans le pays. Les deux opérateurs ont des programmes d’investissement de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour moderniser le réseau d’ici à 2040. RTE doit par exemple remplacer 85 000 pylônes et renouveler plus de 23 000 kilomètres de lignes électriques existantes. De son côté, Enedis s’est fixé comme priorité de remplacer les vieux câbles par du nouveau matériel dont l’isolation synthétique permet une meilleure résistance aux fortes chaleurs.
L’été 2026 aura donc confirmé que les épisodes de chaleur extrême constituent moins une menace pour l’équilibre immédiat entre l’offre et la demande qu’un révélateur des fragilités structurelles du système électrique français. Si la hausse de la consommation liée à la climatisation est restée maîtrisée et si le photovoltaïque a joué un rôle d’amortisseur bienvenu, la baisse de disponibilité du nucléaire, de l’hydraulique et de l’éolien, ainsi que les incidents affectant les réseaux locaux, montrent que le changement climatique impose désormais d’accélérer l’adaptation des infrastructures. Modernisation des réseaux, diversification du mix, développement du stockage et meilleure maîtrise des usages seront donc indispensables pour garantir la résilience du système électrique face à des étés qui changent clairement de nature.