Transition énergétique

Électrification des usages : le plan d’action de l’UFE

Faire de l’électrification une réalité concrète et désirable: c’est l’objectif que s’est fixé l’Union Française de l’Électricité en publiant en décembre 2025 un plan en 50 mesures concrètes. Entretien. 

Électrification des usages : le plan d’action de l’UFE

Deux ans et demi après la date de publication initialement annoncée, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été publiée par décret vendredi 13 février. Pour préparer cette publication, l’Union Française de l’Électricité (UFE), association qui fédère les principaux acteurs du secteur (RTE, EDF, Enedis, Engie, TotalEnergies…), avait établi fin 2025 un plan intitulé «10 piliers pour électrifier la France» et composé de 50 mesures concrètes. Youenn Rougetet,Directeur Électrification des usages et Fourniture d’électricité à l’UFE, nous explique ce plan pour «réenchanter l’électricité» et faire basculer le mix énergétique français, que l’UFE souhaite porter au sein des groupes de travail sur la PPE3 dans les semaines à venir. 

Le premier de vos 10 piliers pour électrifier la France concerne la communication et la publicité. Pensez-vous que l’électricité souffre d’un déficit d’image ? 

Youenn Rougetet: La publicité joue un rôle déterminant sur la construction d’un imaginaire collectif désirable. En promouvant des modèles de consommation ou de mobilité peu compatibles avec nos objectifs climatiques, la publicité peut freiner l’engagement collectif en faveur des transitions nécessaires. Nous proposons donc une « loi Evin anti-fossiles » : un cadre plus strict pour la publicité des biens et services à forte empreinte carbone, inspiré du dispositif existant pour le tabac et l’alcool. 

Dans ce contexte, l’électrification n’est pas une contrainte, c’est une opportunité. Nous devons changer le récit. « Réenchanter l’électricité », c’est redonner envie, redonner du sens, et faire de cette énergie un moteur d’innovation, de modernité et d’avenir commun. Passer à l’électrique, c’est améliorer son confort et faire baisser sa facture d’énergie. Lorsque l’on installe une pompe à chaleur à la place d’une chaudière à gaz par exemple, on divise par deux sa facture énergétique. De la même façon, recharger sa voiture électrique coûte à peu près trois fois moins cher que de faire un plein pour une voiture à essence. C’est pourquoi nous appelons au lancement d’une grande campagne nationale de communication et au déploiement de programmes pédagogiques ambitieux, à l’image de la « Fresque de l’électricité » portée par l’UFE. 

Nous proposons un système de leasing social pour les pompes à chaleur

Youenn Rougetet

Directeur Électrification des usages et Fourniture d’électricité à l’UFE

L’électrification implique un changement profond des usages. Quels sont les principaux défis d’acceptabilité ?

Y.R.: Le prix d’achat des solutions électriques reste un frein majeur pour les ménages. Pour électrifier, il faut rétablir un signal prix cohérent, en assurant une parité de ces solutions avec les alternatives fossiles, notamment via des aides qui excluent ces dernières, comme les Certificats d’Économie d’Énergie et MaPrimeRénov’. Nous proposons également un système de leasing social pour les pompes à chaleur ; c’est un dispositif qui fonctionne très bien pour les véhicules électriques et qui permettrait de remplir les carnets de commandes des industriels et de leur redonner de la visibilité. Rappelons que l’objectif affiché par le gouvernement au sein de la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC3) est d’atteindre les 8,8 millions de logements chauffés par des pompes à chaleur dans quatre ans (2030), alors qu’ils sont 2,9 millions aujourd’hui. La marche est haute et nécessite des dispositifs de dynamisation de la filière. 

La fiscalité de l’énergie est également un levier essentiel. L’électricité bas-carbone produite en France est deux fois plus taxée par mégawattheure que certaines énergies fossiles importées. Nous plaidons depuis de nombreuses années pour que l’ensemble des technologies bas-carbone bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5 %. Dans la loi de finances pour 2026 telle qu’elle a été publiée le 19 février figure une mesure qui ramène le taux de TVA de 20% à 5,5 % pour les pompes à chaleur air/air, ce qui est donc un signal très positif pour l’électrification du chauffage. 

En parallèle, les prix compétitifs des énergies fossiles n’incitent pas à choisir l’électrique. De nombreux industriels ont une posture attentiste, en particulier en ce moment alors que le gaz est peu cher du fait d’un surplus de gaz naturel liquéfié américain. Nous appelons de nos vœux des dispositifs de visibilisation des prix de l’électricité et des mécanismes d’aide pour compenser les surcoûts liés à l’électrification. 

« Un tableau de bord national de l’électrification »   

Quelle articulation entre État, les collectivités territoriales et les acteurs du secteur électrique proposez-vous pour planifier l’électrification de façon efficace?

Y.R.: Nous proposons la création d’un tableau de bord national de l’électrification pour planifier et coordonner au mieux cette transformation. Il existe déjà des documents de planification nationale, tels que la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)qui comporte un chapitre sur l’électrification, mais les parties prenantes de l’électrification manquent d’une vision détaillée de chaque secteur. Avec le tableau de bord national de l’électrification, nous voulons instaurer un dispositif de suivi fin et transparent, destiné aux pouvoirs publics comme à la société civile, pour disposer d’une vision consolidée et actualisée de la progression de l’électrification du pays, dans tous les domaines. Sur ce tableau de bord figureraient des indicateurs tels que les ventes de véhicules électriques, les ventes de pompes à chaleur… 

Ces feuilles de route nationales doivent pouvoir irriguer des documents de planification au niveau de chaque territoire. Ainsi, nous proposons par exemple de rendre obligatoire l’intégration d’objectifs de déploiement des pompes à chaleur dans les documents territoriaux (SRADDET, PCAET, PLU…). Il faut définir des zones prioritaires pour le déploiement des pompes à chaleur et encourager des simplifications administratives pour les raccorder plus facilement au réseau électrique. 

« L’électrification pourra s’imposer comme un levier central de renouveau industriel. »   

Quels bénéfices concrets attendez-vous des mesures proposées ?

Y.R.: La France dispose d’un avantage décisif : une électricité déjà décarbonée à 95 %, compétitive, fiable et disponible. Peu de pays peuvent se prévaloir d’un tel atout. Pourtant, deux tiers de l’énergie que nous consommons provient encore des énergies fossiles. Dans ce contexte, l’objectif affiché par les pouvoirs publics est de réindustrialiser la France en misant sur des filières industrielles qui jouent un rôle clé dans l’électrification, par exemple la filière des pompes à chaleur. Or, pour l’instant, l’instabilité des politiques publiques a conduit certains de ces industriels à investir dans des agrandissements de sites, voire des créations de nouvelles usines qui ont finalement dû mettre la clé sous la porte quelques années plus tard.  

Si nous garantissons stabilité politique, sécurité de la demande et reconnaissance économique des produits décarbonés, l’électrification pourra s’imposer comme un levier central de renouveau industriel. Remplir le carnet de commandes des industriels pour fabriquer des pompes à chaleur ou des batteries pour les véhicules électriques permettra non seulement de créer de l’emploi en France mais aussi de réduire notre dépendance aux importations d’énergies fossiles, donc de créer un réel avantage compétitif par rapport à d’autres pays. 

Quelles sont les mesures les plus urgentes pour traduire rapidement ce plan en actions concrètes?

Y.R.: Une des mesures qui pourrait rapidement être mise en place est la création d’une plateforme qui regroupe l’ensemble des informations et des dispositifs d’aide à l’électrification pour tous les publics (ménages, entreprises et industrie), à l’échelle nationale mais aussi locale. Aujourd’hui, le manque d’information claire et structurée sur la multiplicité de dispositifs a tendance à perdre les ménages et les entreprises, et donc à favoriser l’inaction. 

Une deuxième mesure concerne le renforcement de l’électrification des flottes publiques. Nous appelons à la publication rapide d’une circulaire du Premier ministre demandant aux ministères et aux services déconcentrés de privilégier, dans leurs commandes publiques, des véhicules électriques éco-scorés, c’est-à-dire fabriqués en partie en France. L’exemplarité de l’État est essentielle en la matière. 

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Mag : La France électrique

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